20 septembre 2026
Quinze éditions et déjà la suivante en tête. À Montélimar, le Festival De l’écrit à l’écran célèbre son anniversaire avec Daniel Auteuil, Éric Toledano et Olivier Nakache ou encore Jean-Pierre Jeunet. Mais derrière les invités et les avant-premières, une autre histoire s’écrit depuis 2012 : celle d’un festival qui revendique la rencontre avec le public et l’éducation aux images. Son président, Damien Chaléat, ouvre cette série d’entretiens.
À peine les bougies soufflées qu’il faut déjà penser aux suivantes. Pour ses quinze ans, le Festival De l’écrit à l’écran a investi Montélimar du 18 au 24 septembre. Mais lorsque Damien Chaléat évoque les coulisses de l’événement, le président du festival regarde déjà vers la seizième édition. « La préparation d’un festival, c’est douze mois dans l’année. » Il n’existe finalement pas vraiment d’après-festival. Lorsque les dernières projections s’achèvent, la prochaine édition commence déjà à se dessiner. Alors, quinze ans, est-ce l’âge adulte ?
Damien Chaléat préfère parler d’un festival « adulescent ». « On reste un jeune festival. Quinze ans, c’est un jeune festival et, en même temps, on est à l’âge de tous les possibles. »
De Montélimar à un rendez-vous national
L’affiche de cette édition anniversaire permet de mesurer le chemin parcouru. Daniel Auteuil, Éric Toledano et Olivier Nakache, Jean-Pierre Jeunet : des cinéastes et artistes dont la présence accompagne la place progressivement prise par le rendez-vous montilien. Damien Chaléat préfère cependant parler de fidélité. Celle des artistes, mais aussi des distributeurs qui reviennent présenter leurs films à Montélimar.
« Avec le temps, s’est inscrite une forme de fidélité et De l’écrit à l’écran est devenu un rendez-vous qui est à l’échelle nationale. »
Cette fidélité tient aussi à la nature du public rencontré ici. Quelques mois après Cannes et son environnement largement professionnel, Montélimar propose une autre confrontation : celle des films avec les spectateurs.
Et ils sont nombreux. Près de 900 personnes pour une projection du film de Stéphane Brizé. Jusqu’à 1 200 spectateurs pour plusieurs des grands rendez-vous de l’édition. Des séances complètes et des salles où films, équipes et public se retrouvent directement face à face. Pour Damien Chaléat, le festival joue ainsi un rôle particulier dans le calendrier de rentrée.
« C’est la première fois que leur film se retrouve exposé devant des spectateurs. » Après les projections professionnelles et les grands rendez-vous de l’industrie, vient donc le moment du public.
Un festival ne se construit pas seulement avec des noms
Les invités prestigieux racontent une partie de la croissance de De l’écrit à l’écran. Mais l’autre se mesure beaucoup plus discrètement.
Dans les salles remplies d’élèves. Pour cette quinzième édition, environ 10 000 scolaires doivent participer aux projections, rencontres et masterclass organisées par le festival. Cette année, un thème accompagne cette programmation : la vérité. Un choix qui permet au festival de relier directement cinéma et éducation aux images, dans une période où la manière dont une image est fabriquée, interprétée ou détournée est devenue une question quotidienne.
Pour Damien Chaléat, cette mission n'est pas une activité périphérique de De l’écrit à l’écran. « Ce n’est pas important, c’est notre ADN. C’est essentiel. »
100 000 élèves devant un écran de cinéma
Un chiffre permet de mesurer le travail accompli. Depuis la naissance du festival, plus de 100 000 élèves ont été accueillis. Derrière ce nombre, Damien Chaléat regarde surtout le temps qui a passé. Les enfants des premières éditions sont aujourd’hui adultes. Certains reviennent dans les salles, seuls ou avec leur famille. Le festival peut ainsi observer quelque chose que peu d’événements culturels ont la possibilité de mesurer : la fabrication progressive d’un public.
« Se dire qu’on a mis 100 000 gamins dans la salle de cinéma, c’est énorme. »
Il insiste aussi sur ce que représente une sortie au cinéma organisée par l’école, particulièrement en septembre, lorsque commence l’année scolaire. Le message envoyé aux élèves lui tient à cœur : apprendre ne se limite pas à une salle de classe. L’école peut aussi conduire au cinéma.
La salle comme lieu de rencontre
Cette conception explique sans doute pourquoi Damien Chaléat revient si souvent au public lorsqu’il parle du festival. De l’écrit à l’écran ne se contente pas de présenter des œuvres. Il cherche à provoquer leur rencontre avec ceux qui les regardent. Le cinéma y devient un lieu de partage, mais aussi de discussion.
« Respect, partage, citoyenneté, rapport à l’autre » : ce sont les valeurs que le président associe au projet porté toute l’année par le festival.
Une ambition qui prend une dimension particulière lorsqu’elle s’adresse aux plus jeunes : leur apprendre à regarder des images, mais aussi à les questionner.
Et pour les prochaines éditions ?
Quinze ans invitent forcément à regarder derrière soi. Damien Chaléat préfère pourtant imaginer ce qui pourrait encore arriver à Montélimar. Interrogé sur la personnalité ou l’équipe de cinéma qu’il rêverait de recevoir dans les années à venir, il hésite. Puis se prête au jeu. Son rêve ?
Réunir l’équipe de La Haine pour une séance spéciale.
Une envie lancée avec le sourire, sans annonce ni promesse. Mais qui résume assez bien l’état d’esprit revendiqué pour cette quinzième édition : un festival suffisamment installé pour mesurer le chemin parcouru, mais encore assez jeune pour continuer à imaginer ce qui semblait inaccessible à ses débuts. Car pendant que Montélimar célèbre ses quinze ans, l’équipe travaille déjà aux suivants.
Damien Chaléat, président du Festival De l’écrit à l’écran
Propos reccueillis par Patrice CAILLET pour LA RADIO DU CINEMA