Cannes 2026 : Full Phil, une comédie rabelaisienne avec Woody Harrelson et Kristen Stewart

À Cannes, quand la nuit tombe, la Séance de Minuit devient souvent un laboratoire à sensations : rires nerveux, surprises (bonnes ou mauvaises), nausées, malaises et cette impression que le cinéma peut encore tordre la réalité à mains nues. C’est dans cet espace que Quentin Dupieux a présenté Full Phil, avec Woody Harrelson et Kristen Stewart.

Le point de départ est simple : à Paris, Philip Doom, industriel américain, tente de renouer avec sa fille Madeleine. Mais la bouffe (terme approprié), un film d’horreur des années 50 et une employée d’hôtel envahissante perturbent le déroulement du séjour. 

Le dispositif du duel

Autre idée de mise en scène : un film d’horreur en noir et blanc, vu par Madeleine, revient comme une respiration étrange. Le récit “présent” et ce récit “dans le récit” se regardent en biais : monstres, savants, et peur primitive répondent aux crispations très quotidiennes d’un lien familial abîmé.

Couvade inversée et somatisation miroir

En psychiatrie, le syndrome de couvade décrit, dans certains cas, des symptômes physiques “en écho” chez l’accompagnant d’une personne enceinte. Full Phil pousse une logique de miroir dans le registre du fantastique et du burlesque.

On peut parler, au sens métaphorique, de somatisation miroir : le corps du père devient le réceptacle d’un conflit relationnel que les mots ne parviennent plus à régler. Là où la discussion tourne en rond, le ventre du père gonfle au point de nous rappeler Le Sens de la vie des Monty Python.

La fin comme accouchement inversé : “tuer le père” version Dupieux

Alerte interprétation (et possible spoiler) : en psychanalyse, le dernier mouvement du film peut se lire comme un accouchement inversé et violent. Dans un dénouement au climat explosif, la rupture passe par le corps : c’est comme si la séparation, longtemps empêchée, ne pouvait advenir qu’au prix d’une disparition totale de la figure paternelle.

Pour que Madeleine soit libre de la brouille et de l’emprise d’un père milliardaire, il faut que celui-ci cesse d’occuper tout l’espace. Le film fait alors résonner, de façon surréaliste et frontale, l’idée freudienne de “tuer le père” pour grandir — sauf qu’ici, on n’est pas dans le seul symbole : le père se détruit sous le poids du comportement de sa fille, comme si le lien familial finissait par se retourner contre celui qui prétendait le maîtriser.

Pour qui ?

  • Pour celles et ceux qui aiment le cinéma de Quentin Dupieux quand il transforme un concept simple en mécanique narrative.
  • Pour les spectateurs qui apprécient les films qui dialoguent avec d’autres images (série B, cinéma de monstres, récit en miroir).

Infos pratiques

  • Événement : Festival de Cannes (79e édition)
  • Dates : du 12 au 23 mai 2026
  • Section : Séances de Minuit (Sélection officielle)
  • Film : Full Phil (Quentin Dupieux)
  • Durée : 1h18
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