Musée de l’Homme : une exposition de Nikos Aliagas sur la vieillesse, la transmission et la beauté des visages

Par La rédaction de La Radio du Cinéma

Avec Les Grands Âges, présenté du 8 avril 2026 au 3 janvier 2027 au Musée de l’Homme, Nikos Aliagas signe bien plus qu’une exposition photo sur la vieillesse. Porté par le regard scientifique de Samuel Pavard, le projet touche à une matière que le cinéma connaît par cœur : le visage, le temps, la transmission, la présence des corps et ce que les générations se lèguent hors du dialogue.

Il y a des expositions qui se regardent comme un accrochage. Les Grands Âges, lui, se regarde presque comme des scènes de gros plans, des extraits de vies. Pas d’effet de manche, pas de grand discours plaqué sur les images : seulement des présences, des traits, des gestes, des corps qui portent le temps et lui donnent une forme visible. Au Musée de l’Homme, cette proposition de Nikos Aliagas trouve un terrain idéal, parce qu’elle unit l’émotion d’un regard d’artiste et la précision d’une pensée scientifique sans jamais perdre le fil humain.

Pour La Radio du Cinéma, le lien saute aux yeux. Le cinéma a toujours aimé les visages. Il sait ce qu’un front, une ride, une main, un silence peuvent raconter. Il sait aussi qu’un gros plan vaut parfois un roman entier. C’est exactement la force de cette exposition : faire exister la vieillesse non comme un sujet abstrait, mais comme une présence cadrée au plus juste. Nikos Aliagas photographie les grands âges avec un noir et blanc dense, frontal, habité. Il ne cherche pas à adoucir le réel. Il lui donne sa lumière.

Le grand âge comme matière

Dans l’histoire du septième art comme celle de la photographie, tout commence souvent là : une peau, un regard, un battement, une fatigue, une dignité. Les photographies réunies par Nikos Aliagas travaillent cette même intensité. Elles donnent à voir des corps vieillissants, la persistance des gestes, la mémoire familiale, les traces laissées par l’existence. Le dossier de presse insiste sur cette capacité des images à rendre visible ce qui reste souvent silencieux. 

Le parcours agit alors comme une suite de plans fixes qui contiennent du mouvement intérieur. On pense au langage du cinéma documentaire, à sa patience, à sa confiance dans le temps long, à sa manière de laisser un être habiter le cadre. Dans Les Grands Âges, la vieillesse n’est ni décorative ni spectaculaire. Elle est montrée comme une autre façon d’être au monde. Là encore, le lien avec le cinéma s’impose naturellement : les plus grands films savent que les visages âgés ne ferment pas le récit, ils l’approfondissent.

Nikos Aliagas, un homme d’image qui cadre la présence

Né à Paris en 1969 dans une famille grecque, Nikos Aliagas a construit sa trajectoire dans l’audiovisuel avant de s’imposer aussi comme photographe. Passé par RFI et Euronews, devenu l’un des visages familiers de TF1, il connaît depuis longtemps la puissance d’un regard face caméra, la vérité d’une expression, la fragilité d’un instant saisi avant qu’il ne disparaisse. Cette expérience n’en fait pas un cinéaste (pas encore ?) mais elle nourrit de façon évidente son rapport aux visages, à la présence et à ce que l’image peut révéler d’une personne.

Sa photographie travaille justement cette question de la présence. Dans un noir et blanc contrasté, il a souvent photographié la Grèce, les peuples de la mer, les artisans, l’enfance, le sacré, les voyages, la nostalgie du retour, les artistes ou la vieillesse. Avec Les Grands Âges, cette trajectoire trouve un sujet qui touche directement au cœur : le temps inscrit dans les corps. Là où d’autres chercheraient un symbole, Nikos Aliagas choisit le détail juste, le cadre précis, l’instant où un visage cesse d’être un portrait pour devenir un récit.

Samuel Pavard donne la profondeur de champ scientifique du projet

La singularité de l’exposition tient aussi à la présence de Samuel Pavard, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, chercheur associé à l’Ined et spécialiste de la biodémographie. Il donne à l’ensemble sa colonne vertébrale. Grâce à lui, l’exposition ne s’arrête pas à la beauté des tirages. Elle pose des questions de fond sur la longévité humaine, la place des anciens dans les sociétés, les transmissions visibles ou invisibles, et la manière dont nos contemporains regardent le grand âge.

Samuel Pavard apporte un point d’appui, une idée claire, une question forte, une architecture qui aide le regard. Il rappelle que la vieillesse a toujours fait partie des sociétés humaines, même lorsque l’espérance de vie restait basse. Il souligne aussi le rôle fondamental des personnes âgées dans les soins aux plus jeunes, la transmission des savoirs, la circulation des biens, la médiation des conflits ou les choix collectifs. Sous cet angle, l’exposition ressemble à un récit construit en trois mouvements : l’histoire naturelle de la vieillesse, sa réalité contemporaine, puis son exposition aux crises du monde.

Le Musée de l’Homme, un décor naturel

Le Musée de l’Homme n’est pas un simple écrin prestigieux. Il donne une résonance particulière à l’exposition. Par sa vocation scientifique, anthropologique et culturelle, le lieu invite à regarder l’humain dans toute son épaisseur biologique, sociale et symbolique. Comprendre les vies, les gestes, les rites, les héritages, les vulnérabilités, sans réduire les personnes à des chiffres ou à des slogans.

Un détail parle d’ailleurs de lui-même : la conférence inaugurale du 13 avril 2026 se tiendra dans l’Auditorium Jean Rouch. Pour un lecteur cinéphile, ce nom suffit à faire surgir un écho très fort. Il rappelle qu’au Musée de l’Homme, la réflexion sur l’humain, l’image et le récit n’est jamais loin de l’histoire du documentaire et de l’observation sensible du monde. Les Grands Âges s’inscrit pleinement dans cette lignée du regard attentif.

Une exposition qui parle du hors-champ de nos sociétés

Que faisons-nous des visages âgés dans notre imaginaire collectif ? Que laissons-nous sortir du cadre ? L’exposition répond sans slogan. Elle montre la dignité des corps vieillissants, la persistance des gestes, la transmission discrète qui relie les générations. Elle montre aussi un sujet politique, social et sanitaire majeur. Les grands âges cristallisent aujourd’hui des représentations opposées : d’un côté une vieillesse active, heureuse, utile ; de l’autre l’isolement, la dépendance, la précarité, la souffrance.

C’est là que le projet touche juste. Il ne choisit pas une image contre l’autre. Il préfère regarder le réel en face. Vagues de chaleur, crises sanitaires, maladies chroniques, pollutions, fragilités sociales : le grand âge se lit aussi à travers les menaces qui pèsent sur lui. Cette lucidité, alliée à la délicatesse des images, donne à Les Grands Âges une tenue puissante. L’exposition ne moralise pas. Elle regarde. Et dans ce regard, chacun peut reconnaître quelque chose de sa propre histoire familiale, de sa mémoire ou de son avenir.

Informations pratiques

Exposition : Les Grands Âges

Lieu : Musée de l’Homme, Foyer Germaine Tillion, place du Trocadéro, Paris 16e

Dates : du 8 avril 2026 au 3 janvier 2027

Horaires : de 11 heures à 19 heures, sauf le mardi et certains jours fériés

Tarifs : 15 euros en plein tarif, 12 euros en tarif réduit, gratuit pour les moins de 26 ans

À noter : le billet donne accès aux expositions temporaires et à l’exposition permanente du musée

Conférence inaugurale : le 13 avril 2026 à 18 heures, dans l’Auditorium Jean Rouch, avec Nikos Aliagas et Samuel Pavard

Ressource liée : podcast du Muséum, Naître, grandir, aimer et mourir, par Samuel Pavard

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Photographies: David Marmier