Chaque année, la Sacem organise la Leçon de musique, en 2026 c'était Amine BOUHAFA

Pour la première fois, un compositeur nord-africain était invité au Festival de Cannes à partager son parcours et sa vision du cinéma : le Tunisien Amine Bouhafa, figure majeure de la musique de film contemporaine. À 39 ans, il devient aussi le plus jeune compositeur accueilli dans cet exercice prestigieux, confirmant l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs capables de réinventer les liens entre image et musique.

Face à une salle attentive, Amine Bouhafa a raconté une trajectoire singulière, commencée très tôt à Tunis. Le piano, découvert à l’âge de trois ans, devient rapidement plus qu’un instrument : un refuge, un « confident » dit-il, capable d’apaiser les peurs de l’enfance. Élève brillant dans les matières scientifiques, poussé par ses parents vers des études d’ingénieur, il poursuit pourtant en parallèle une passion irrépressible pour la musique. Très jeune, il compose pour des groupes tunisiens et des productions du monde arabe avant qu’un réalisateur ne lui confie, à seulement quinze ans, la musique d’un premier court métrage.

Son véritable tournant arrive en 2013 avec Timbuktu d’Abderrahmane Sissako. Le film, présenté à Cannes puis récompensé de sept César, révèle au monde une écriture musicale sensible, profondément narrative. Bouhafa évoque notamment la célèbre scène du match de football imaginaire, dans laquelle la musique remplace les sons interdits par les islamistes : « La musique devait donner à entendre quelque chose qu’on nous interdit d’entendre. » Cette approche résume sa conception du métier : la musique n’illustre pas l’image, elle révèle ce qu’elle cache.

Tout au long de la rencontre, le compositeur a insisté sur l’importance des couleurs sonores et de l’expérimentation. Pour Le Sommet des Dieux, il raconte avoir recherché « le son du froid » grâce à des instruments rares comme l’harmonica de verre, des cordes enregistrées dans une église ou encore des chants de moines bouddhistes captés à Katmandou pendant le Covid. Une manière de faire de la montagne un personnage à part entière.

Ses collaborations avec la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania ont également occupé une place centrale dans cette conversation. La cinéaste, présente en vidéo, a salué un artiste « intuitif, généreux et profondément libre », capable d’apporter « une dimension invisible » à ses films. Bouhafa revendique d’ailleurs ce rôle de révélateur émotionnel : « Quand l’image et la musique disent la même chose, l’une des deux devient inutile. »

Entre démonstrations au piano, confidences et réflexions sur la création, cette Leçon de musique aura surtout confirmé une chose : Amine Bouhafa compose des partitions comme on raconte des histoires, avec l’idée constante que la musique doit ouvrir un espace secret entre le film et le spectateur.