La Vénus électrique : Pierre Salvadori fait tourner le manège des cœurs trompés


13 mai 2026

Critique cinéma · Sans spoiler

Dans La Vénus électrique, Pierre Salvadori installe l’amour sur une scène de foire, une table spirite, un atelier de peintre et les coulisses du désir. Le film avance comme une comédie de l’illusion : chacun croit manipuler l’autre, mais ce sont les sentiments qui finissent par mener la danse.

Anaïs Demoustier dans La Vénus électrique de Pierre Salvadori
La Vénus électrique de Pierre Salvadori — Photo © Guy Ferrandis / Festival de Cannes.

Infos essentielles

  • Titre original : La Vénus électrique
  • Réalisation : Pierre Salvadori
  • Scénario : Pierre Salvadori, Benjamin Charbit, Benoît Graffin
  • Casting : Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern, Madeleine Baudot
  • Musique : Camille Bazbaz
  • Image : Julien Poupard
  • Distribution France : Diaphana Distribution
  • Sortie française : 12 mai 2026
  • Festival : Film d’ouverture du 79e Festival de Cannes, hors compétition

Un film sous quel projecteur ?

Paris, 1928. Une époque où les fantômes ont bonne presse, où l’électricité promet des miracles, et où une roulotte peut devenir le plus étrange des confessionnaux. La Vénus électrique place son récit dans ce moment où la modernité avance en costume d’époque : la foire vend du frisson, l’art cherche son souffle, et l’amour entre par une porte qui n’était pas prévue pour lui.

Salvadori retrouve ici un terrain qu’il connaît bien : celui des personnages qui mentent mal, mais ressentent fort. Le mensonge n’est pas seulement une mécanique de vaudeville ; il devient un abri provisoire, une monnaie d’échange, parfois même un petit moteur de résurrection.

Ce que le film raconte, sans vendre la mèche

Antoine Balestro, peintre endeuillé, ne parvient plus à retrouver son geste depuis la disparition de son épouse. Lorsqu’il tente d’entrer en contact avec elle par l’intermédiaire d’une voyante, il parle en réalité à Suzanne, une jeune foraine glissée là pour une raison beaucoup plus concrète. La séance tourne au malentendu fertile : Suzanne improvise, Antoine écoute, Armand observe.

De cette supercherie naît un théâtre fragile où chacun joue un rôle qui finit par le dépasser. La croyance console, l’imposture inspire, et le sentiment, ce vieux perturbateur, vient compliquer la combine avec une ponctualité presque cruelle.

Personnages et casting

Anaïs Demoustier donne à Suzanne une présence vive, mobile, toujours en train de calculer une issue puis de s’étonner de ce qu’elle ressent. Elle n’est pas seulement la fausse voyante du récit : elle en devient l’œil, l’oreille, parfois même la conscience inquiète.

Face à elle, Pio Marmaï compose un Antoine ralenti par le deuil, mais traversé d’élans soudains, comme si la peinture revenait avant que l’homme n’ose lui-même revenir au monde. Gilles Lellouche, en Armand, apporte une énergie plus terrienne : celle du marchand qui sait que l’émotion peut bouleverser une vie, mais aussi réveiller une carrière.

Vimala Pons et Gustave Kervern élargissent le champ : l’une du côté du trouble et de la présence, l’autre du côté de la foire, de la dette, de la survie. Le film tient dans ce frottement entre grâce et débrouille, entre grands sentiments et petits arrangements.

Dialogues : les mots comme numéros d’équilibriste

Les dialogues jouent sur plusieurs vitesses. La foire parle fort, promet l’extase, vend l’invisible avec l’assurance des bonimenteurs. Les séances spirites, elles, ralentissent tout : respiration, silence, appel, attente. Entre les deux, les scènes intimes avancent par glissements, avec des phrases qui cherchent leur vérité en même temps qu’elles la déguisent.

Le film aime les grands mots — amour, douleur, lumière, inspiration — mais les remet dans des bouches maladroites, nerveuses, parfois drôles. Ce n’est pas le marbre des déclarations : c’est la parole qui trébuche, se reprend, ment un peu, puis touche juste malgré elle.

Mise en scène : l’illusion à vue

Pierre Salvadori installe une comédie comme un tour de magie où le spectateur voit souvent la ficelle, mais regarde tout de même le tour. C’est précisément là que le film trouve son courant : dans cet écart entre ce que l’on sait et ce que les personnages veulent croire. La roulotte, l’atelier, la galerie et la foire deviennent autant de petites scènes où l’on rejoue l’amour, l’art et le deuil sous des éclairages différents.

Le titre résume joliment cette tension : Vénus pour le désir, électrique pour la secousse. L’amour n’y descend pas du ciel ; il crépite, déraille, traverse les corps et menace à tout moment de faire sauter les plombs.

Pour quel public ?

La Vénus électrique peut parler aux spectateurs qui aiment les comédies romanesques à double fond, les films d’époque sans raideur patrimoniale et les récits où l’imposture révèle plus qu’elle ne cache. Ceux qui suivent Pierre Salvadori pour son goût des personnages cabossés, de la mécanique comique et des sentiments mal rangés devraient y retrouver un terrain familier.

Sources