Adrien Moretto de Millimages : fabriquer des personnages pour plusieurs générations

26 septembre 2026
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Un dessin animé commence par quelques traits, un personnage, une idée. Mais avant d’arriver sur un écran, il faut écrire, dessiner, financer, produire, distribuer et parfois penser déjà à l’international. Directeur général de Millimages, Adrien Moretto connaît désormais toutes les étapes de cette chaîne. Au micro de David Marmier pour La Radio du Cinéma, il raconte son parcours et les mutations d’un studio français qui accompagne plusieurs générations de spectateurs.

Du droit à la production d’animation

Rien ne destinait tout à fait Adrien Moretto à diriger un studio d’animation. Juriste de formation, il découvre les coulisses du cinéma et de l’audiovisuel en travaillant dans le financement du secteur. Une question l’attire alors : comment une idée née dans l’esprit d’un auteur ou d’une autrice devient-elle un projet artistique que l’on peut réellement produire ?

Arrivé chez Millimages en 2018 sur les questions juridiques et de « business affairs », il découvre un métier où création et économie avancent nécessairement ensemble. Produire une série ne consiste pas seulement à trouver un personnage ou une histoire : il faut réunir les talents, choisir une technique, convaincre des diffuseurs et construire un financement capable de porter une fabrication qui peut s’étendre sur 18 à 24 mois.

Cette dimension collective continue de le fasciner. Derrière quelques minutes d’animation se succèdent des métiers, des regards et parfois un travail extrêmement minutieux sur un décor ou un seul plan. « L’animation, c’est un vrai travail d’équipe », rappelle-t-il.

Millimages, un studio indépendant qui regarde au-delà de l’écran

Fondée en 1991, Millimages développe, produit et distribue des programmes d’animation. Son catalogue a vu passer des univers aussi différents que Mouk, Corneil & Bernie, Hilltop Hospital, Lascars ou, plus récemment, Molang.

Cette dernière propriété illustre particulièrement l’évolution décrite par Adrien Moretto. Une série peut désormais vivre à la télévision, sur YouTube et les réseaux sociaux, mais aussi à travers des produits dérivés et de nouveaux formats. Pour le directeur général, l’enjeu consiste donc à penser des personnages capables d’exister sur plusieurs supports sans perdre ce qui fait leur identité.

Cette stratégie s’inscrit dans l’histoire internationale du studio. Adrien Moretto insiste d’ailleurs sur ce point : l’ouverture au monde ne commence pas avec son arrivée. Elle appartient depuis longtemps au projet de Millimages. L’animation, explique-t-il, possède naturellement cette capacité à franchir les frontières.

Molang et la recherche de personnages qui durent

Avec Molang, cette ambition prend une ampleur particulière. Le personnage et son compagnon Piu Piu portent un univers fondé notamment sur l’amitié, la gentillesse et le partage. La série est devenue l’une des propriétés centrales de Millimages et son univers s’étend désormais bien au-delà de la télévision.

Mais Adrien Moretto regarde aussi ce phénomène sur un temps beaucoup plus long. Certains adultes d’aujourd’hui ont grandi avec Corneil & Bernie ou Lascars. D’autres ont découvert Molang enfants et continuent à suivre le personnage sur de nouveaux supports. Des parents commencent à leur tour à transmettre ces univers à leurs enfants.

« Notre challenge, c’est de trouver ces personnages qui puissent traverser le temps », résume-t-il.

Annecy, là où une rencontre peut devenir une série

Cette recherche passe aussi par les rencontres. Pour Adrien Moretto, le Festival international du film d’animation d’Annecy est à la fois un marché, un lieu d’observation et un rendez-vous humain. Pendant quelques jours, producteurs, auteurs, artistes, étudiants et partenaires venus du monde entier se retrouvent au même endroit.

Et certaines conversations apparemment fortuites peuvent avoir une longue histoire. Dans l’entretien, le directeur général raconte notamment comment des projets ont rejoint Millimages à la faveur de rencontres faites à Annecy. Une manière de rappeler que derrière les plans de financement et les stratégies internationales, l’animation commence encore souvent par un dessin que quelqu’un montre à quelqu’un d’autre.

Faire une place aux nouveaux talents

Adrien Moretto revendique également une attention particulière portée aux jeunes professionnels. La France dispose, souligne-t-il, d’écoles d’animation reconnues et d’un important vivier de talents. Millimages cherche à ouvrir ses productions à de nouveaux profils lorsque les projets le permettent.

Il ne dissimule cependant pas la difficulté du moment : les nouveaux diplômés arrivent sur un marché où la demande d’emploi peut dépasser les capacités de recrutement des studios. Donner sa chance à une nouvelle génération reste donc une ambition confrontée aux réalités économiques de la production.

Son propre parcours nourrit sans doute cette sensibilité : arrivé très jeune dans l'entreprise, Adrien Moretto y a lui-même progressivement changé de responsabilités jusqu’à en devenir directeur général.

Un métier condamné à se réinventer

Formats plus courts, nouveaux usages, réseaux sociaux, évolution des techniques, intelligence artificielle : le secteur ne cesse de bouger. Adrien Moretto ne présente pas cette transformation comme un épisode passager mais comme une donnée permanente du métier.

C’est peut-être là que se trouve le fil rouge de son parcours : la curiosité. Celle qui l’a conduit du droit vers l’audiovisuel, puis du financement vers la production et la direction d’un studio. Et celle qui oblige aujourd’hui Millimages à imaginer comment ses personnages pourront continuer à rencontrer leur public demain.

Dans cette conversation avec David Marmier, Adrien Moretto raconte bien davantage : le prix réel d’une série, les longs mois nécessaires à sa fabrication, les mécanismes de financement, le rôle des diffuseurs, les rencontres d’Annecy ou encore les mutations technologiques qui attendent l’animation. 

Photographie: David Marmier