« C’est unique, complètement unique », confie Christelle Reboul à propos du Festival de la correspondance de Grignan. Pour sa troisième venue, la comédienne retrouve les mots d’Artemisia Gentileschi, puis ceux que Françoise Hamel a imaginés pour Madame de Grignan. Deux soirées, deux siècles et deux femmes décidées à faire entendre leur propre voix.
```Le château veille sur le village, les lettres quittent leurs enveloppes et les voix leur rendent leur souffle. Du 6 au 11 juillet 2026, la 30e édition du Festival de la correspondance de Grignan célèbre le 400e anniversaire de la naissance de Madame de Sévigné sous le thème « La Correspondance, portrait d’une époque ».
Dans ce décor où chaque pierre semble garder le souvenir d’une confidence, Christelle Reboul revient pour deux rendez-vous très différents. Le premier donne corps aux lettres d’une peintre italienne du XVIIe siècle. Le second restitue la parole disparue de Françoise-Marguerite de Sévigné, comtesse de Grignan.
« C’est la troisième fois que je viens. La dernière fois, c’était avec un texte de Manon Roland. C’est un moment que je ne suis pas prête à oublier. »
Grignan, un lieu où les lettres deviennent présence
Christelle Reboul connaît déjà la ferveur particulière du public de Grignan. En 2024, elle avait porté la correspondance de Madame Roland dans « Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom ! », sous la direction d’Anne Bouvier. Elle garde de cette représentation au château un souvenir particulièrement vif.
La comédienne décrit des spectateurs « avertis, fins, généreux, attentifs ». La lecture publique possède ici une saveur singulière. Le texte conserve la précision de l’écrit, tandis que la voix, le regard et le geste lui donnent une matière nouvelle. Une lettre longtemps silencieuse devient alors une parole adressée à chacun.
Cette qualité d’écoute nourrit les deux propositions confiées à Christelle Reboul. Artemisia Gentileschi affronte les usages de son siècle pour exercer son métier. Madame de Grignan tente, pour sa part, d’exister sous l’abondante correspondance de sa mère. Chacune réclame sa place, son autonomie et le droit de composer son propre récit.
« Seicento » : Artemisia Gentileschi au présent de ses lettres
Mercredi 8 juillet à 17h30, à l’Espace Sévigné, Christelle Reboul partage la lecture de « Seicento » avec Franck Desmedt. Adapté par Séverine Vincent, le spectacle s’appuie sur la correspondance d’Artemisia Gentileschi, figure majeure de la peinture baroque italienne.
Née à Rome en 1593, Artemisia Gentileschi développe une carrière professionnelle qui la conduit à Florence, Rome, Naples et Londres. En 1616, elle devient la première femme admise à l’Accademia delle Arti del Disegno de Florence. Elle travaille pour de puissants commanditaires européens et impose son talent dans un monde artistique presque exclusivement masculin.
Ses lettres dévoilent une artiste consciente de sa valeur, attentive à ses commandes, à ses paiements et à la reconnaissance de son travail. Elles révèlent aussi une femme amoureuse, impatiente, parfois vulnérable, qui refuse que sa vie soit réduite aux épreuves qu’elle a traversées.
« Ce sont des flambeaux qui nous disent que, oui, la liberté est possible en tout temps. »
La lecture adopte la forme d’une conférence incarnée. Christelle Reboul prête principalement sa voix à Artemisia Gentileschi, tandis que Franck Desmedt fait entendre plusieurs figures de son entourage, dont son mari, Pierantonio Stiattesi. Des reproductions de tableaux accompagnent les lettres afin que les mots puissent répondre aux couleurs, aux clairs-obscurs et aux héroïnes peintes par l’artiste.
Cette mise en regard permet de découvrir une créatrice qui sait négocier, convaincre et défendre le prix de son art. Ses Judith, Suzanne, Lucrèce ou Cléopâtre acquièrent une force supplémentaire lorsque résonne la voix de celle qui les a peintes. Le spectacle offre ainsi une porte d’accès sensible à son œuvre, sans enfermer Artemisia Gentileschi dans une image unique.
« Ma chère mère » : rendre une voix à Madame de Grignan
Jeudi 9 juillet à 21h30, la cour du château accueille « Ma chère mère », correspondance de Madame de Sévigné et de sa fille, Madame de Grignan. Marie-Christine Barrault interprète Madame de Sévigné, tandis que Christelle Reboul devient Françoise-Marguerite de Sévigné. La mise en scène est confiée à Didier Long.
Des centaines de lettres écrites par Madame de Sévigné ont traversé les siècles, mais aucune réponse de sa fille ne nous est parvenue. Pour Françoise Hamel, ce silence constituait moins une impasse qu’une invitation à écouter autrement. Son adaptation imagine et compose les réponses de Madame de Grignan grâce aux indices, citations et réactions conservés dans les lettres maternelles.
Le texte restitue ainsi une conversation marquée par l’affection, les reproches, les inquiétudes, les grossesses, la vie provençale et le désir d’émancipation de la fille. Madame de Sévigné raconte Versailles, les nouvelles du royaume et les affaires de la cour. Madame de Grignan répond depuis la Provence, avec ses préoccupations quotidiennes et son besoin de desserrer l’étreinte d’un amour maternel particulièrement expansif.
« Elle sera Madame de Sévigné et je serai Madame de Grignan, la propriétaire du château. Je serai en mon château. »
Le lieu devient ici un partenaire de jeu. Françoise-Marguerite a vécu au château de Grignan, où sa mère lui rendit visite à plusieurs reprises. Prononcer ses paroles dans cette cour donne à la lecture une résonance concrète : la destinataire des lettres reprend symboliquement possession de sa demeure et de son histoire.
Christelle Reboul retrouve également une partenaire familière. Avec Marie-Christine Barrault, elle a joué « George et Sarah », pièce de Thierry Lassalle consacrée à George Sand et Sarah Bernhardt. Elle parle d’une « amie », d’une « complice » et d’une artiste dont la joie demeure communicative.
« J’ai hâte de la retrouver pour éprouver la légèreté de la vie. »
Christelle Reboul, une comédienne guidée par les textes
Formée au Conservatoire national d’art dramatique de Nice puis à l’École Claude Mathieu, Christelle Reboul possède également une maîtrise de lettres modernes obtenue à l’université Paris-Sorbonne. Un parcours qui éclaire son goût pour les grandes figures littéraires, les adaptations et les textes où la langue commande le mouvement.
Elle fait ses débuts sur scène au début des années 1990 avec Chérubin dans « Le Mariage de Figaro » de Beaumarchais, puis la reine Marguerite dans « Le Roi se meurt » d’Eugène Ionesco. Son passage au sein des Baladins en Agenais lui permet d’explorer le répertoire, le cabaret et la vie de troupe.
Sa carrière théâtrale l’a conduite vers Samuel Beckett, Denis Diderot, Molière, Georges Feydeau, Agatha Christie, Katherine Pancol ou Éric-Emmanuel Schmitt. Elle a notamment adapté et interprété « La Religieuse » de Denis Diderot, joué « Un homme à distance » sous la direction de Didier Long et rejoint « La Souricière » mise en scène par Ladislas Chollat.
Le grand public connaît aussi son visage grâce au personnage d’Amélie Dubernet-Carton dans « Nos chers voisins », qu’elle interprète de 2012 à 2016. Elle apparaît ensuite dans « Crimes parfaits », « HPI », « Ici tout commence », « Candice Renoir » ou « Le Nounou ». En 2026, son parcours télévisuel se poursuit avec une participation à « Camping Paradis ».
La voix occupe enfin une place fidèle dans son travail. Depuis 2002, Christelle Reboul participe à des dramatiques radiophoniques. Ce compagnonnage avec le micro se retrouve à Grignan, où le moindre souffle peut modifier la couleur d’une lettre et rapprocher une figure historique de l’auditeur.
Deux rendez-vous à retenir au Festival de Grignan 2026
Informations pratiques
```- « Seicento », lettres d’Artemisia Gentileschi
- Mercredi 8 juillet 2026 à 17h30, Espace Sévigné, Grignan.
- Lecture par Franck Desmedt et Christelle Reboul.
- Adaptation de Séverine Vincent.
- Tarifs : 10 euros et 12 euros.
- « Ma chère mère », correspondance de Madame de Sévigné et Madame de Grignan
- Jeudi 9 juillet 2026 à 21h30, château de Grignan.
- Avec Marie-Christine Barrault et Christelle Reboul.
- Mise en scène de Didier Long, adaptation de Françoise Hamel.
- Tarifs : 19 euros et 25 euros.
Le Festival de la correspondance de Grignan se poursuit jusqu’au samedi 11 juillet 2026. Le programme complet et les éventuelles disponibilités sont accessibles sur la page officielle de l’édition 2026 et sur la billetterie du Festival.
```Avec Artemisia Gentileschi puis Madame de Grignan, Christelle Reboul fait entendre deux femmes qui n’ont pas accepté de disparaître derrière les usages, les réputations ou la voix des autres. À Grignan, leurs lettres trouvent une nouvelle adresse : le public.