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Eugénie Zvonkine présente son livre "Le réel comme excès" sur le cinéma soviétique

24 mars 2026
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Certaines rencontres rallument la curiosité comme on découvre un film oublié. Au micro de David Marmier, la professeure de cinéma Eugénie Zvonkine raconte son nouvel essai Le réel comme excès (Presses universitaires du Septentrion) et pose une question simple, vertigineuse : « Comment écrit-on sur les films sans les tuer ? »

Dans cet entretien, il n’est jamais question de distribuer des bons points. On parle plutôt d’une manière de regarder : celle qui accepte l’inconfort, l’excès, la sensation physique, et qui en fait une clé pour comprendre l’Histoire telle qu’elle traverse les images.

Une autre Russie : un festival, des salles, une carte de cinéma en Île-de-France

Le festival du film russe « Une autre Russie » connait sa 12e édition du 19 mars au 1er avril 2026, à Paris et en Île-de-France.

Pour préparer vos séances

Un livre de 474 pages pour mettre des mots sur le réel comme excès

Publié le 28 février 2026, Le réel comme excès compte 474 pages et se présente comme une traversée du cinéma soviétique et post-soviétique, de 1970 à aujourd’hui, avec des cinéastes tels qu’Andreï Tarkovski, Alexeï Guerman, Elem Klimov et Ilya Khrzhanovsky. L’éditeur annonce un travail centré sur les méthodes, les influences, et la manière dont l’hyper-détail et l’authenticité fabriquent des œuvres perçues comme des « cauchemars éveillés ».

« Ma préoccupation est toujours de dire comment écrit-on sur les films sans les tuer, pour au contraire les convoquer, les rendre vivants. »
— Eugénie Zvonkine, dans l’entretien

Le mot « excès » n’a rien d’un slogan : Eugénie Zvonkine l’emploie pour décrire un cinéma qui insiste, qui sature l’œil et l’oreille, et qui finit par vous laisser, non pas avec une thèse, mais avec une expérience.

Kira Mouratova : la dissonance, l’archive, la traduction

L’échange revient longuement sur Kira Mouratova, cinéaste dont Eugénie Zvonkine rappelle le manque de reconnaissance durable, malgré des reprises et un travail de diffusion. La Cinémathèque française lui a consacré un cycle en 2019 au Reflet Médicis, avec des films comme Les Longs Adieux (1971) et Le Syndrome asthénique (1989).

Eugénie Zvonkine insiste sur un point précieux : la censure a pu viser l’idéologie, mais aussi la forme. Autrement dit, une interdiction peut s’abattre parce qu’un film se permet un montage, un jeu, un rythme, une violence de texture qui contredit la norme.

« On lui disait : il ne faut pas faire des films comme ça. »
— Eugénie Zvonkine, à propos de Kira Mouratova, dans l’entretien

Cette idée de « traduction » revient souvent : traduire une langue, bien sûr, mais aussi transmettre une émotion, des documents, une histoire de fabrication. Cela passe aussi par le retour des œuvres en vidéo. Potemkine Films propose un coffret Kira Muratova avec cinq films.

Des cinéastes en lignée : quand le détail rend l’Histoire irrespirable

Dans le livre comme dans l’entretien, la cinéaste et chercheuse suit des influences explicites, parfois cachées, et des solidarités de méthode. Exemple raconté au micro : alors que Andreï Roublev est inaccessible au grand public, Alexeï Guerman obtient l’accès aux essais de tournage, et ces images de travail deviennent une leçon de cinéma.

Andreï Roublev (1966) est d’ailleurs le film que choisit Eugénie Zvonkine si elle devait partir sur une île déserte avec un seul titre, « parce qu’il contient tellement de monde », dit-elle à David Marmier.

L’entretien convoque aussi Alexandre Sokourov, avec Taureau (2001), et le film fleuve Director’s Diary (2025), présenté hors compétition à la Mostra de Venise.

Enfin, le projet DAU d’Ilya Khrzhanovsky sert de repère contemporain : une « expérience-monde » montrée à Paris en 2019, au Théâtre du Châtelet et au Théâtre de la Ville (avec le Centre Pompidou).

Écrire sur les films sans les figer : une méthode, pas une vitrine

Il y a, dans la conversation, une idée qui parle à tous ceux qui aiment le cinéma au présent : on peut analyser sans dessécher. Eugénie Zvonkine décrit une écriture qui cherche « la chair des images », qui accepte les sensations, parfois désagréables, comme un matériau de compréhension.

Le titre du livre indique la direction : le réel, ici, ne se limite pas à « faire vrai ». Il déborde, il encombre, il met le spectateur à l’épreuve. Ce n’est pas une invitation à admirer. C’est un appel à regarder avec attention ce que le film vous fait, et pourquoi il vous le fait.

La cinéaste : Souvenir de vague et Le Sentier des absents

Parce que le micro de David Marmier s’adresse aussi à une réalisatrice, l’entretien s’ouvre vers deux films signés Eugénie Zvonkine. Souvenir de vague, documentaire (2017) consacré aux cinéastes de la Nouvelle Vague kazakhe. 

Le deuxième film, Le Sentier des absents, un court-métrage documentaire consacré au deuil périnatal. Le DVD a reçu le prix du meilleur DVD de film récent (pour l’année 2025) décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

« On avance avec la mémoire de ces bébés disparus. »
— Eugénie Zvonkine, dans l’entretien

L’édition DVD est référencée chez Potemkine. Dans l’entretien, Eugénie Zvonkine évoque aussi une disponibilité en VOD via la plateforme Sooner (UniversCiné).

L’île déserte : un film, une musique, une réplique

Pour finir, David Marmier lance son trio de questions « île déserte ». Les réponses dessinent un autoportrait cinéphile en trois touches.

  • Un film : Andreï Roublev (1966).
  • Une musique de cinéma : Nino Rota, notamment pour les films de Federico Fellini.
  • Une réplique : « Je vais vivre avec toi encore un petit peu », tirée de L’Accordeur (2004) de Kira Mouratova.

Infos pratiques : dates, liens, pistes pour prolonger

  • Festival « Une autre Russie » : du 19 mars au 1er avril 2026 (Paris et Île-de-France). Voir le site officiel.
  • Livre : Le réel comme excès. Le cinéma soviétique et postsoviétique de 1970 à nos jours, Eugénie Zvonkine, Presses universitaires du Septentrion, paru le 28 février 2026, 474 pages. Voir la fiche éditeur : septentrion.com.

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Photographie: David Marmier