Miles Hyman : le cinéma au cœur de son œuvre

07 juillet 2026
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Dans son atelier près de Fontainebleau, Miles Hyman reçoit David Marmier pour La Radio du Cinéma avec deux actualités : La Loterie, adaptation graphique de la nouvelle de sa grand-mère Shirley Jackson, et Solstices, monographie publiée par les Éditions Caurette et Les Arts Dessinés. Au fil de la conversation, le dessinateur américain livre une clé précieuse sur son travail : « la lumière est un outil qui permet de construire l’image ».

Né en septembre 1962 dans le Vermont, aux États-Unis, Miles Hyman partage sa vie avec la France, sa terre d’adoption. Illustrateur, peintre et auteur de bande dessinée, il appartient à cette famille d’artistes pour qui l’image ne se contente jamais d’accompagner un récit : elle le respire, le module, le rend visible autrement.

Un héritage familial où créer semblait naturel

Quand Miles Hyman remonte le fil de son parcours, il raconte d’abord une maison. Sa grand-mère, Shirley Jackson, a marqué la littérature américaine avec ses récits d’inquiétude domestique et de malaise social. Son grand-père, Stanley Edgar Hyman, était critique littéraire pour The New Yorker. Son père, Laurence Jackson Hyman, était photographe et enseignant. Sa mère, formée à la peinture, a également nourri ce climat de création.

Dans cette famille, l’art n’avait rien d’un mirage inaccessible. « Être artiste et créer était un peu un travail normal », confie Miles Hyman. La formule dit beaucoup : le dessin, chez lui, ne relève pas du caprice ni de la posture. Il vient d’un milieu où l’on écrit, photographie, peint, observe, transmet.

La lumière, colonne vertébrale de l’image

Ce qui frappe dans le travail de Miles Hyman, c’est cette façon de faire parler une pièce vide, un visage de profil, un ciel lourd ou une fenêtre allumée. Il le formule avec précision : « la lumière et la couleur, c’est vraiment les fils conducteurs » de sa création.

Chez lui, la lumière ne sert pas seulement à éclairer. Elle raconte. Elle désigne un détail, isole un personnage, prépare une tension, installe une attente. Elle peut suggérer qu’un secret dort hors champ, qu’un événement a déjà eu lieu ou qu’il va survenir.

À la manière d’un chef opérateur, Miles Hyman compose l’image comme un espace dramatique. Le lecteur regarde une case, mais son imagination entend presque le silence autour.

Hitchcock, Kazan et le film noir comme école du regard

La conversation revient naturellement au cinéma. Miles Hyman le dit sans détour : « j’ai aussi beaucoup appris en allant au cinéma ». Parmi ses repères, il cite Alfred Hitchcock, Elia Kazan, les expressionnistes allemands et le courant qui a nourri le film noir américain.

Voilà une clé précieuse pour regarder son œuvre. Le film noir n’est pas seulement affaire d’imperméables, de ruelles humides et de silhouettes inquiètes. C’est une manière de penser l’image par la faille : ce qu’un personnage cache, ce que la lumière révèle, ce qu’un décor laisse deviner.

Dans les dessins de Miles Hyman, cette mémoire du cinéma travaille en sourdine. Elle donne aux scènes une « narration implicite », selon ses mots. Ses images ont souvent la tenue d’un plan fixe. On y sent le goût du cadre, la densité du silence, la tentation du mystère.

La Loterie : retourner à Shirley Jackson par le dessin

Avec La Loterie, Miles Hyman adapte une nouvelle de Shirley Jackson, sa grand-mère. Le geste n’a rien d’anecdotique. Adapter un texte familial, surtout un texte aussi célèbre, suppose une forme de tact. Il ne s’agit pas de l’illustrer comme on accompagne un souvenir, mais de lui redonner un corps, un rythme, une température.

Le récit de Shirley Jackson avance dans une normalité troublante. Le dessin de Miles Hyman peut alors prolonger ce malaise par des regards, des espacements, des silences. Le danger n’arrive pas par un coup de cymbales. Il s’installe, lentement, presque poliment.

C’est là que son dessin trouve sa force : il laisse au lecteur le temps de sentir le piège se refermer.

Solstices : 150 toiles pour lire un peintre autant qu’un conteur

L’autre actualité s’intitule Solstices, au pluriel. Publié par les Éditions Caurette et Les Arts Dessinés, l’ouvrage réunit environ 150 œuvres et met en avant la part picturale de Miles Hyman. La fiche éditeur annonce une monographie de 160 pages en couleurs, au format 24 x 32 cm, sous couverture cartonnée.

Ce livre donne une place centrale au peintre. On connaît l’illustrateur, l’auteur de bandes dessinées, l’adaptateur de textes littéraires. Solstices invite à regarder les toiles comme des récits autonomes. Chaque image semble contenir une scène avant ou après l’action. Le spectateur arrive au moment exact où quelque chose se tait.

Le titre évoque une bascule de lumière. Un solstice, c’est un point de tension dans le calendrier, un moment où le jour se dilate ou se retire. Ce mot convient bien à l’univers de Miles Hyman : ses images aiment ces seuils, ces minutes incertaines où la clarté devient matière narrative.

Du polar à la bande dessinée : un parcours nourri par les écrivains

La bibliographie de Miles Hyman confirme ce goût des récits denses. À la fin des années 1980, il réalise ses premiers livres pour Futuropolis, maison indissociable d’une certaine idée adulte, littéraire et exigeante de la bande dessinée.

En 2008, Miles Hyman adapte avec Matz Nuit de fureur, d’après Jim Thompson, dans la collection Rivages/Casterman/Noir. Plus tard, Le Dahlia noir, d’après James Ellroy, le réunit à Matz et au réalisateur David Fincher.

Le cinéma apparaît alors comme un compagnon de route, non comme un modèle à copier. Miles Hyman ne dessine pas des storyboards déguisés. Il construit des images qui possèdent leur propre respiration, mais qui savent hériter du cadrage, du suspense et du hors-champ cinématographiques.

Cette interview offre un accès rare à la fabrique du regard. Miles Hyman y parle de technique sans dessécher la poésie, de famille sans céder au folklore, de cinéma sans réciter un panthéon.

Il montre comment une image peut naître d’une mémoire : celle des peintres, des salles obscures, des livres lus, des paysages du Vermont, des ateliers français. Pour les amateurs de cinéma, son témoignage ouvre une piste passionnante : regarder une bande dessinée ou une peinture comme on regarde un film, non pour y plaquer une grammaire étrangère, mais pour repérer les choix de lumière, de cadre, de rythme et de silence.

Pour les lecteurs de La Loterie, il ajoute une dimension intime à l’adaptation. Pour les curieux de Solstices, il éclaire la continuité d’un artiste qui peint comme on raconte à voix basse.

Infos pratiques

La Loterie, d’après Shirley Jackson, adaptation graphique de Miles Hyman, est disponible chez Casterman dans une nouvelle édition avec un avant-propos de Joyce Carol Oates.

Solstices, monographie de Miles Hyman, est publiée par les Éditions Caurette et Les Arts Dessinés. L’ouvrage compte 160 pages en couleurs, au format 24 x 32 cm, et réunit environ 150 œuvres.

À écouter : l’interview de Miles Hyman sur La Radio du Cinéma, pour prolonger cette conversation sur le dessin, la peinture, la littérature et le cinéma.

Photographie: David Marmier

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