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Gérard Jugnot raconte « Mauvaise pioche » : une comédie sur l’emballement médiatique, en salles le 1er avril 2026

29 mars 2026
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Publié le 29 mars 2026 • Par la rédaction de La Radio du Cinéma • Entretien mené par Manuel Houssais

Comment faire rire sans effacer le vertige d’un fait divers ? Au micro de Manuel Houssais, Gérard Jugnot résume sa boussole avec une formule qui sonne comme une devise de plateau : « On est des démineurs de malheur ». Dans « Mauvaise pioche », il joue et réalise l’histoire d’un homme ordinaire broyé par une confusion d’identité.

« Mauvaise pioche » : quand un homme banal devient “l’homme le plus recherché de France”

Dans « Mauvaise pioche », Gérard Jugnot incarne Serge Martin, un retraité arrêté par erreur et confondu avec « l’homme le plus recherché de France », avant de se retrouver au centre d’un emballement médiatique.

« Le drame, il existe, il est dans les journaux. La comédie, c’est comment on peut déminer. » — Gérard Jugnot

Le film ne s’installe pas durablement dans le registre de la traque : Gérard Jugnot insiste sur “l’après”, sur ce que l’erreur laisse derrière elle — les dégâts collatéraux, la honte publique, la mécanique administrative qui repart… sans se retourner. Et comme il aime que « le cinéma soit mieux que la vie », il revendique une forme de revanche narrative, une sortie de route qui ne condamne pas ses personnages à rester au sol.

Le fait divers de 2019 en arrière-plan : l’affaire Guy Joao, “balancé sur la place publique”

L’inspiration est libre, mais la réalité, elle, porte une date et un lieu. Le 11 octobre 2019, Guy Joao, retraité français d’origine portugaise, est arrêté à l’aéroport de Glasgow et confondu avec Xavier Dupont de Ligonnès. Il attend 26 heures avant d’être disculpé, après des tests ADN négatifs.

Pour celles et ceux qui veulent relire les faits : TF1info (31 mai 2021).

Au micro de Manuel Houssais, Gérard Jugnot raconte ce qui l’a accroché : un homme “pris” très vite dans un “maelström médiatique”, puis “jeté” dès que l’erreur est reconnue. Il évoque aussi, avec le recul, la facilité avec laquelle une rumeur s’accroche à un visage, puis se transmet.

Repère utile

L’affaire Xavier Dupont de Ligonnès renvoie à la découverte, le 21 avril 2011, des corps d’Agnès Dupont de Ligonnès et de leurs quatre enfants à Nantes. Le père de famille reste recherché. (Récit AFP : Making-of AFP, 3 avril 2013)

Une comédie qui préfère la nuance au sarcasme

Il y a, dans la manière dont Gérard Jugnot parle de ses personnages, une règle de politesse qui ressemble à une règle de cinéma : ne pas rire “contre”. Il le dit sans détour : il cherche “de l’empathie et de la nuance”, des personnages “riches, pleins”, et un rire qui accompagne.

« Je n’aime pas le rire contre, j’aime bien le rire avec. » — Gérard Jugnot

Ce principe irrigue son parcours de réalisateur, qu’il cite lui-même en exemples : Une époque formidable, Monsieur Batignole… des récits adossés à des sujets sérieux, traités sans cynisme. Ici, la question qui affleure n’est pas “qui est coupable ?”, mais “que devient-on quand le soupçon vous colle à la peau ?” — et comment une salle de cinéma peut, le temps d’1h32, remettre un peu d’air dans la pièce.

Un casting XXL, façon “goûter” entre amis de plateau

À l’entendre, le tournage a eu le goût d’une réunion de bande — pas un club fermé, plutôt une table ouverte. Il cite des compagnons de route, puis des comédiens venus “sortir de leur zone de confort”. 

« J’ai eu la chance d’être comme un petit garçon qui invite ses copains pour venir jouer un goûter. » — Gérard Jugnot

Le casting réunit notamment Philippe Lacheau, Thierry Lhermitte, Michèle Laroque, Zabou Breitman, Reem Kherici, Jean-Pierre Darroussin, ainsi que François Morel, Philippe Duquesne, Charlotte Gabris et Claudia Bacos

Parmi les nouveaux compagnons de jeu, Jean-Pierre Darroussin a marqué Gérard Jugnot, qui le décrit comme un acteur “magnifique” et lui offre un rôle de policier obstiné, un “Javert de banlieue” — référence assumée à Les Misérables, pour dire l’acharnement, la certitude, le “Graal” qu’on croit tenir.

La grande comédie italienne comme école du danger maîtrisé

Quand Manuel Houssais évoque un parfum de comédie italienne, Gérard Jugnot acquiesce : il cite Dino Risi, Les Nouveaux Monstres, Parfum de femme. Ce qu’il aime dans cette tradition, c’est le frottement : le drame affleure, la comédie ne s’en détourne pas, elle le transforme, parfois au dernier moment.

« Le drame, c’est le berceau de la comédie. Il n’y a pas de rire sans drame. » — Gérard Jugnot

Dit autrement : la comédie n’est pas un rideau qui cache le monde, c’est un outil qui aide à le regarder sans se laisser écraser. Dans l’entretien, Gérard Jugnot va jusqu’à parler “d’intérêt public” quand il s’agit de faire rire aujourd’hui — non pas pour faire diversion, mais pour redonner de la respiration.

Le test du public : l’avant-première comme boussole

Il y a un moment très concret, presque artisanal, dans la discussion : Gérard Jugnot raconte pourquoi il tient aux avant-premières. Au théâtre, dit-il, “on est payé comptant” : la salle répond tout de suite. Au cinéma, on travaille “un peu en aveugle”. D’où cette habitude de venir écouter, guetter, apprendre encore.

La phrase qui revient le plus, dans les salles, le rend heureux : “on s’est régalé”. Lui aussi, insiste-t-il — et c’est cohérent avec son cinéma : une comédie se fabrique en équipe, mais elle se termine vraiment dans le regard du public.

« Capitaine d’équipe » : jouer, réaliser, tenir la barre

À l’adolescent qu'il fut, Gérard Jugnot répond avec une tendresse lucide : oui, l’enfant est encore là, dans “le plaisir” et “l’émerveillement”. Il se décrit en “retraite très active”, incapable de rester immobile, plus heureux à fabriquer des projets qu’à “pêcher à la ligne”.

Et quand il définit le métier de réalisateur, il choisit une métaphore collective : le capitaine d’une équipe de football. On joue avec les équipiers, on coache, on règle les trajectoires — sans oublier, au milieu, le jeu lui-même.

Festivals de proximité : “Paris n’est pas la France”

Dans l’entretien, une conviction revient : aller vers les villes, vers les salles qui ne voient pas passer une équipe toutes les semaines. Gérard Jugnot dit préférer le mot “public” à l’étiquette “populaire”, et raconte le plaisir de ces rencontres hors des grands tapis rouges. Il cite des étapes, des files d’attente, des projections qui deviennent des événements parce qu’elles sont rares.

C’est aussi là que son cinéma se situe : au contact, sans posture, avec un respect presque ancien pour celles et ceux qui achètent un billet et viennent “voir si ça marche”.

Envie de prolonger ? Retrouvez la fiche du film et les séances :  UGCPan Distribution

Infos pratiques

  • Titre : « Mauvaise pioche »
  • Réalisation : Gérard Jugnot
  • Durée annoncée : 1h32
  • Sortie en salles : mercredi 1er avril 2026
  • Distribution France : Pan Distribution
  • Synopsis (résumé officiel) : Serge Martin, retraité, est arrêté par erreur et devient la cible des médias ; il tente de prouver son innocence.