Aurélien Froissart, le pianiste qui fait vibrer la plage Magnum

16 mai 2026
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Rencontre sur la plage Magnum au Festival de Cannes

Il y a parfois, au Festival de Cannes, des instants qui échappent à l’agitation des flashs, des projections et des tapis rouges. Des parenthèses inattendues où le bruit du monde s’efface quelques minutes. Sur la plage Magnum, entre deux rendez-vous et le grondement discret de la Croisette, un piano posé presque les pieds dans le sable a soudain capté toutes les oreilles.

Au piano : Aurélien Froissart.

Un visage désormais familier des réseaux sociaux, où ce jeune pianiste français cumule plusieurs millions d’abonnés sur TikTok, Instagram et YouTube. Mais à Cannes, loin des écrans verticaux et des algorithmes, c’est avant tout un musicien habité qui s’est installé face à la mer pour offrir un moment hors du temps.

« Jouer Chopin entre de la salsa et Michael Jackson, c’est un gros challenge », sourit-il.

Un défi qu’il revendique presque comme une signature artistique. Depuis plusieurs années, Aurélien Froissart a choisi de sortir la musique classique de ses temples habituels pour l’emmener là où personne ne l’attend : dans les gares, les centres commerciaux, les rues, les halls d’aéroport. Une manière très contemporaine de réinventer le rapport au classique.

Une volonté presque militante de rendre la musique accessible. « Les gens sont sur TikTok, les pianistes n’y étaient pas. Alors j’y suis allé », explique-t-il avec simplicité.

Le pari aurait pu sembler improbable. Pourtant, en quelques années, le pianiste formé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris est devenu une véritable sensation numérique. Ses vidéos de performances improvisées dans des lieux publics totalisent des dizaines de millions de vues. On y voit des voyageurs s’arrêter net dans une gare, des inconnus pleurer discrètement, des enfants fascinés par une mélodie de Chopin surgie au milieu du quotidien.

" Quand les gens voient une émotion réelle, ils la ressentent eux-mêmes derrière leur écran."

Face à la Méditerranée, l’artiste évoque aussi son amour du cinéma. Un amour hérité de ses parents et nourri par les films de la Nouvelle Vague.

« Pierrot le Fou, cette sensation de liberté… Quand je vois une plage, la mer et qu’il y a de la musique classique, je pense immédiatement à une scène de cinéma. »

Le rapprochement entre son univers et celui du septième art semble finalement naturel. D’autant qu’Aurélien Froissart porte un regard très précis sur la musique de film.

« Aujourd’hui, il y a souvent trop de musique dans les films. J’aime quand elle arrive à un moment précis et qu’elle provoque un véritable choc émotionnel. »

Derrière l’influenceur suivi par des millions d’internautes se cache aussi un musicien nourri de philosophie et d’exigence artistique. Né à Paris en 1995, Aurélien Froissart a commencé le piano relativement tard avant d’intégrer les plus prestigieuses institutions musicales françaises. Son parcours atypique l’a conduit à développer une vision moins élitiste du classique, tournée vers l’émotion immédiate et le partage.

Aujourd’hui, après avoir bâti sa notoriété sur les réseaux sociaux, il aspire à un nouveau chapitre.

« J’aimerais revenir à la scène avec cette nouvelle audience. Faire venir dans les concerts des gens qui n’iraient jamais écouter du classique. Peut-être même dans des lieux qui ne sont pas des salles traditionnelles. »

L’idée ressemble finalement beaucoup à ce qu’il dégage : casser les frontières.

Entre le concert et la rue.
Entre les réseaux et la scène.
Entre le classique et la culture populaire.

Et pourquoi pas bientôt entre le piano et le cinéma.

Car lorsqu’on lui demande si un réalisateur pourrait un jour l’appeler pour composer une bande originale, Aurélien Froissart ne cache pas son envie.

Il a déjà signé la musique d’un court métrage réalisé par sa cousine Jeanne Froissard et avoue volontiers que l’expérience l’a séduit.

À l’écouter parler, on imagine facilement ses compositions accompagner un plan de Godard revisité ou une romance contemporaine filmée au ralenti sur une plage de Méditerranée...

Interview réalisée sur la plage Magnum dans le cadre du Festival de Cannes. Par Patrice Caillet – Article signé Amandine Bacconnier