20 septembre 2026
Il fallait peut-être Jean-Pierre Jeunet pour filmer un cimetière et lui donner des couleurs.
Il fallait son œil, surtout. Celui qui s’attarde sur un détail que les autres n’auraient pas vu, attend la bonne lumière, recommence une prise et déplace le réel de quelques centimètres pour le faire entrer dans son imaginaire.
Au Festival L’Écrit à l’écran, Jean-Pierre Jeunet présentait en avant-première Changer l’eau des fleurs, adaptation du roman phénomène de Valérie Perrin.
J’attendais ce film. Beaucoup. Je ne l’attendais peut-être pas aussi beau.
Adapter un livre vendu à cinq millions d’exemplaires ? Jean-Pierre Jeunet préfère en rire : c’est plutôt « rassurant ». La tâche, elle, l’était moins. Le roman joue avec les époques, les récits, les souvenirs. Il fallait en conserver le mouvement sans égarer le spectateur. Jean-Pierre Jeunet résume l’exercice à sa manière : « restructurer pour redéstructurer ».
Il se dit « gardien du temple », mais un gardien qui sait déplacer quelques meubles. Couper, simplifier, réinventer : accepter, finalement, que la littérature se transforme en devenant cinéma.
Et quel cinéma.
Le cimetière aurait pu assombrir chaque image. Il fait exactement l’inverse. À Autun, Jean-Pierre Jeunet trouve un lieu en pente ouvert sur la campagne, qu’il qualifie d’« absolument sublime ». Le soleil s’y glisse, les couleurs s’y installent. La mort est là, mais elle n’avale jamais la vie.
C’est peut-être là que je reconnais le mieux sa patte : le réel n’a aucune obligation d’être gris sous prétexte que l’histoire pourrait l’être.
Et puis elle est là : Leïla Bekhti.
Jean-Pierre Jeunet peut composer son cadre au millimètre, lorsqu’elle apparaît, quelque chose échappe au plan. Il me raconte ses larmes, toutes vraies. Onze prises ? Elle pleurera onze fois. Cette intensité rencontre le goût du contrôle du réalisateur et, parfois, ça frotte. Il en tire cette merveilleuse formule : « Parfois les étincelles, c’est flamboyant. »
Elles le sont.
S’il fallait garder un mot de ma rencontre avec Jean-Pierre Jeunet, ce serait « fignoler ». Il ajuste, recommence, fabrique, corrige. Le détail compte. Toujours. Même celui que nous ne verrons peut-être pas.
C’est sans doute ce que j’aime dans ce Changer l’eau des fleurs. La signature de Jean-Pierre Jeunet est partout, mais elle ne cherche jamais à prendre le dessus sur le roman de Valérie Perrin. Sa fantaisie est là, son goût de l’image aussi, mais quelque chose s’est apaisé...
Du grand Jean-Pierre Jeunet, oui. Plus délicat peut-être...
Un cinéaste qui, cette fois, a trouvé comment changer l’eau sans toucher aux fleurs <3
Amandine BACCONNIER pour La Radio du Cinéma - 20/09/2026 - Festival de l'ECRIT A L ECRAN.