26 juin 2026
Parmi les longs métrages présentés cette année, Les Chroniques de l'espace-temps, réalisé par Stefano Bertelli, s'est imposé comme une véritable curiosité artistique.
Présenté en compétition, ce long métrage, coproduit entre l'Italie et le Japon et sorti en septembre 2025, explore les frontières de l'animation en mêlant plusieurs techniques. Le stop motion constitue la base du film, mais il est enrichi par des effets en prises de vue réelles, notamment pour les éléments naturels comme l'eau, les explosions ou certains effets visuels. Un mélange qui donne au film une identité singulière et revendiquée.
Une quête d'identité racontée avec humour
Derrière son apparence fantasque, Les Chroniques de l'espace-temps suit le parcours d'un jeune Italien en pleine recherche de lui-même. Entre questionnements existentiels, difficultés à trouver sa place et désir d'émancipation, le récit aborde des thèmes universels comme la jeunesse, l'identité et la quête de sens.
Mais Stefano Bertelli choisit de traiter ces sujets avec une énergie résolument burlesque. Le rythme est soutenu, les situations absurdes s'enchaînent et les gags rappellent les grands cartoons américains. Cette mécanique comique a d'ailleurs rapidement trouvé son public à Annecy, où les éclats de rire ont ponctué plusieurs séquences de la projection.
Une expérimentation pleinement assumée
L'une des forces du film réside dans son refus de masquer sa fabrication.
Bien au contraire, Stefano Bertelli revendique le caractère artisanal de son œuvre. Les systèmes de fixation des personnages en papier, les petites bandelettes qui maintiennent certains éléments du décor ou encore les imperfections du stop motion restent volontairement visibles.
Loin d'être des défauts, ces éléments participent à l'identité visuelle du film. Grâce à une composition soignée, un travail précis sur les couleurs et une mise en scène inventive, cette esthétique expérimentale devient un véritable langage cinématographique.
Le réalisateur pousse même cette démarche jusqu'au bout en proposant, à la fin du film, un making of intégré à la projection. Une initiative devenue rare, qui permet au spectateur de découvrir les coulisses de fabrication tout en prolongeant le dialogue entre l'œuvre et son processus créatif.
Quand la fabrication devient partie du récit
En dévoilant volontairement les ficelles de son animation, Les Chroniques de l'espace-temps joue avec les codes du cinéma. Cette manière de briser le quatrième mur renforce le ton burlesque du récit tout en rappelant que l'animation est avant tout un artisanat, fait de patience, d'expérimentation et d'inventivité.
C'est précisément ce regard sur la fabrication qui rend le film aussi attachant : il ne cherche jamais à cacher son caractère expérimental, mais en fait au contraire l'une de ses principales qualités.
L'avis d'Anakhin
« Les Chroniques de l'espace-temps est une véritable démonstration de ce que l'animation peut encore inventer. Stefano Bertelli assume pleinement son esthétique artisanale et transforme chaque imperfection en force visuelle. J'ai apprécié cette manière de montrer les coulisses de fabrication sans jamais casser l'immersion. Le film oscille constamment entre humour absurde, poésie et expérimentation, tout en proposant un récit sur la quête d'identité qui reste universel. C'est une œuvre atypique, généreuse et sincère, qui prouve qu'il est encore possible de surprendre en animation. Une belle découverte de cette édition du Festival d'Annecy. » — Anakhin Jeudy, pour La Radio du Cinéma