26 juin 2026
Présenté en compétition officielle, Le Dossier de l'Aube s'impose comme l'un des longs métrages les plus ambitieux de cette édition 2026. Entre thriller historique, réflexion politique et drame humain, le film plonge le spectateur au cœur de la traque de Klaus Barbie, tout en interrogeant les notions de mémoire, de justice et de vengeance.
Pour La Radio du Cinéma, Jules Violon, Anakhin Jeudy et Eden Vaisse ont assisté à cette projection particulièrement attendue.
Une enquête qui dépasse le simple récit historique
Le récit s'ouvre sur un ancien agent du Mossad, désormais retraité, hanté par les fantômes de son passé. En rouvrant un dossier oublié, il replonge dans l'opération qui conduira à l'arrestation de Klaus Barbie, surnommé le « Boucher de Lyon ».
Mais très vite, le film élargit son propos.
Autour de cet ancien agent gravitent plusieurs personnages, chacun confronté à sa propre histoire, à ses blessures et à son rapport à la mémoire de la Shoah.
Pour Jules Violon, c'est là que réside toute la richesse du scénario.
« Le film ne raconte pas seulement un épisode historique. Il montre aussi comment plusieurs générations vivent avec cet héritage. Il y a notamment ce personnage allemand qui cherche à réparer, d'une certaine manière, les fautes de son père. »
Jusqu'où peut aller la justice ?
Derrière le thriller historique, Le Dossier de l'Aube pose une question universelle.
Que signifie réellement rendre justice ?
Anakhin Jeudy a particulièrement été marqué par cette réflexion.
« Le thème principal du film, ce n'est finalement pas seulement l'Holocauste. C'est celui de la violence légitime. Est-ce que tuer un criminel constitue une forme de justice ? Ou faut-il absolument passer par les institutions, même après l'horreur ? Le film ne tranche jamais vraiment, et c'est ce qui le rend passionnant. »
Une ambiguïté morale qui accompagne le spectateur jusqu'à la dernière scène.
Une animation pensée pour un public adulte
Sur le plan visuel, le film affiche de grandes ambitions.
Réalisé par les studios Superprod et Mélusine Studio, il adopte une esthétique mêlant animation 3D et rendu 2D, dans une approche qui rappelle certaines productions contemporaines.
« On pense immédiatement à Arcane », observe Jules Violon.
Anakhin y voit également des similitudes avec l'univers graphique du jeu vidéo The Wolf Among Us.
Les jeux de lumière, les textures et la stylisation des personnages confèrent au film une identité forte, tout en conservant une grande lisibilité du récit.
Pour Eden Vaisse, cette direction artistique participe pleinement à la réussite du projet.
« C'est un film extrêmement ambitieux. On sent immédiatement qu'il s'agit d'une grosse production et c'est aussi une belle démonstration du savoir-faire des studios français. »
L'animation change de regard
Au-delà de ses qualités artistiques, Le Dossier de l'Aube illustre une évolution plus profonde du cinéma d'animation.
Depuis le début du Festival, les trois journalistes constatent que de nombreuses œuvres s'adressent désormais clairement à un public adulte.
« J'ai vraiment l'impression que cette édition d'Annecy cherche à démontrer que l'animation n'est plus seulement destinée aux enfants », souligne Jules Violon.
Une observation qui fait directement écho aux débats entendus quelques heures plus tôt lors de la conférence consacrée à la nouvelle génération du stop motion.
Pour Anakhin Jeudy, les deux approches se rejoignent.
« Les intervenants parlaient de transmission et d'un cinéma capable d'aborder des sujets de société. Le Dossier de l'Aube en est une parfaite illustration. Il montre que l'animation peut porter des récits historiques complexes avec une immense force émotionnelle. »
L'avis de la rédaction
Avec Le Dossier de l'Aube, l'animation démontre une nouvelle fois qu'elle peut s'emparer des grandes pages de l'Histoire sans perdre de sa puissance narrative. Porté par une réalisation ambitieuse et une réflexion profonde sur la mémoire, la justice et la responsabilité, le film dépasse le simple thriller historique pour devenir une véritable œuvre de débat.
Ce qui frappe surtout, c'est sa capacité à ne jamais imposer de réponse. Le spectateur ressort avec ses propres interrogations, partagé entre le besoin de justice, le poids de la vengeance et la nécessité de transmettre la mémoire.