25 juin 2026
Reversal : Lena Herzog transforme la VR en expérience contemplative
Au Festival international du film d'animation d'Annecy, les œuvres immersives ne cherchent pas toutes à impressionner par leurs prouesses technologiques. Certaines choisissent au contraire la retenue. C'est le cas de Reversal, signé Lena Herzog, une expérience en réalité virtuelle qui démontre que l'immersion peut naître de la contemplation autant que de l'interaction.
Présentée dans la sélection des œuvres immersives, cette création d'une vingtaine de minutes prend le contre-pied des expériences où le spectateur est constamment sollicité. Ici, aucun geste à effectuer, aucun choix à faire, aucune mécanique ludique. Une fois le casque enfilé, il ne reste qu'à regarder, écouter… et accepter de se laisser porter.
Dès les premières minutes, une musique classique enveloppe le spectateur. Les violons et le piano accompagnent une lente déambulation dans un vaste hall inspiré de l'architecture du XVIIIᵉ siècle, où lustres monumentaux et perspectives majestueuses installent une atmosphère presque hors du temps.
Peu à peu, les repères disparaissent. Le corps semble flotter, se dissoudre dans les espaces qui se déploient autour de lui. L'expérience devient moins une narration qu'une sensation.
Lena Herzog compose alors une succession de tableaux où se répondent des profondeurs marines, des forêts en noir et blanc et des paysages oniriques qui semblent suspendus entre rêve et réalité. À plusieurs reprises, des visages filmés en prise de vue réelle surgissent dans ces environnements numériques. Leur présence crée un dialogue troublant entre le vivant et le virtuel, entre la chair et l'image.
Cette hybridation constitue sans doute l'une des plus grandes forces de Reversoul. L'œuvre ne cherche jamais l'effet spectaculaire. Elle invite plutôt le spectateur à ralentir, à observer autrement et à s'interroger sur sa propre perception.
Au fil de l'expérience, une question s'impose : que regardons-nous réellement ? Le monde qui nous entoure, ou la manière dont notre esprit le reconstruit ? En faisant disparaître progressivement les limites entre le corps, l'espace et l'image, Lena Herzog transforme la réalité virtuelle en véritable expérience sensorielle.
Dans un festival où les œuvres immersives explorent souvent l'interactivité, Reversal rappelle qu'il existe une autre voie : celle de la contemplation. Une immersion silencieuse, presque méditative, où la technologie s'efface au profit de l'émotion.
À Annecy, cette proposition confirme que la réalité virtuelle est en train d'inventer son propre langage. Entre cinéma, installation artistique et art numérique, ces nouvelles écritures repoussent les frontières du récit et ouvrent un champ d'exploration inédit. Avec Reversal, Lena Herzog signe une œuvre qui ne cherche pas à impressionner, mais à faire ressentir. Et c'est sans doute là sa plus grande réussite.
Propos reccueillis par Eden VAISSE pour la RADIO DU CINEMA - 25 JUIN 2026