Cannes 1947 : un film restauré éclaire les origines populaires et antifascistes du Festival


19 mai 2026
Lors d’une projection organisée autour d’archives restaurées du Festival de Cannes, un film amateur tourné en 1947 et attribué à Adrien Fred Maury a permis de redécouvrir les débuts encore artisanaux de l’événement. La séance, accompagnée de commentaires historiques et de plusieurs courts métrages sur la défense du cinéma français, a mis en lumière les dimensions sociales, politiques et culturelles de cette première édition d’après-guerre.

Le document projeté montre un Festival de Cannes très éloigné de l’image contemporaine du tapis rouge mondialisé. Tourné en 16 mm couleur, dans un style amateur proche du documentaire professionnel, le film capture la construction précipitée du premier Palais du Festival, édifié en seulement quatre mois à la suite de la Libération. Les intervenants rappellent que ce chantier fut largement soutenu par des ouvriers locaux, des militants syndicaux et des bénévoles mobilisés pour permettre à Cannes d’accueillir durablement le festival.

Le commentaire historique insiste également sur le contexte politique de l’époque. Le Festival de Cannes est présenté comme l’héritier d’un projet né en 1939 pour répondre à l’influence fasciste sur la Mostra de Venise. Plusieurs interventions rappellent le rôle de Jean Zay, ministre du Front populaire assassiné sous Vichy, ainsi que celui de Philippe Erlanger, haut fonctionnaire ayant participé à la création du festival.

Les images restaurées montrent de nombreuses figures du cinéma français et italien de l’après-guerre : Jacques Becker, Jean Grémillon, Charles Vanel, Aldo Fabrizi ou encore des scénaristes et critiques présents dans les jurys et les cérémonies. Le film témoigne aussi de l’atmosphère encore modeste de cette édition de 1947 : montée des marches simplifiée, proximité avec le public et infrastructures inachevées. Une tempête survenue durant le festival endommagea même une partie du palais, dont certaines structures n’étaient pas totalement terminées.

Au-delà de l’aspect patrimonial, la projection s’est prolongée par deux courts métrages militants consacrés à la défense du cinéma français en 1948 et 1949. Ces films rappellent la mobilisation des professionnels du secteur face à la domination économique du cinéma américain après-guerre. Les intervenants soulignent que cette mobilisation aboutira notamment à la mise en place des mécanismes de soutien au cinéma français via le Centre national du cinéma (CNC), encore en vigueur aujourd’hui.

Plusieurs prises de parole ont également insisté sur le rôle du mouvement ouvrier et des organisations syndicales dans la naissance du Festival de Cannes. Selon les intervenants, la construction du palais, la défense du cinéma français et la volonté de promouvoir une culture accessible relevaient d’un même projet d’émancipation porté à la Libération.

Enfin, la séance a établi un parallèle entre les débats culturels de l’après-guerre et ceux d’aujourd’hui, notamment autour de l’indépendance des médias et de la concentration des groupes culturels. Les organisateurs ont rappelé que le Festival de Cannes reste, selon eux, lié à une histoire où se croisent création artistique, engagement citoyen et mémoire de l’après-guerre.

Propos reccueillis par Amandine BACCONNIER pour LA RADIO DU CINEMA dans le cadre du Festival de Cannes 2026.