Cannes 2026 : avec Karma, Guillaume Canet signe un thriller intime et incandescent


18 mai 2026

Cannes 2026 : avec Karma, Guillaume Canet signe un thriller intime et incandescent

Au lendemain de la projection de Karma au Festival de Cannes, l’émotion était encore palpable lors de la conférence de presse réunissant Guillaume Canet, Marion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia et le co-scénariste Simon Jacquet. Entre confidences personnelles, réflexion sur le traumatisme et passion du cinéma de genre, les artistes ont levé le voile sur un film profondément habité.

D’emblée, Guillaume Canet a évoqué l’intensité de cette montée des marches cannoise. Le réalisateur a confié avoir terminé le film seulement une semaine avant sa présentation officielle, décrivant un mélange d’angoisse et de fierté au moment de livrer enfin Karma au public. Un accueil chaleureux qui, selon lui, l’a « rempli de bonheur ».

Le projet est né d’une collaboration étroite avec Simon Jacquet, monteur devenu co-scénariste. Les deux hommes racontent une soirée décisive : un dîner de quatre heures au cours duquel l’idée du film s’est imposée presque naturellement. Ensemble, ils souhaitaient construire un thriller émotionnel où les blessures du passé façonnent chaque personnage.

Au cœur du film, Marion Cotillard incarne Jeanne, une femme hantée par ses traumatismes. L’actrice a raconté avoir suivi dès le départ le processus créatif de Guillaume Canet, lisant les différentes versions du scénario au fil de son écriture. Elle décrit cette expérience comme « fascinante », marquée par les phases de doute, de construction et d’émotion traversées par le réalisateur.

L’un des moments les plus forts de la conférence est venu lorsque Marion Cotillard a analysé la psychologie de son personnage. Selon elle, les traumatismes figent une part de nous-mêmes à l’âge où ils surviennent. Jeanne porte ainsi en elle « toutes les petites filles qu’elle a été ». Mais malgré les blessures, subsiste une force intérieure, une rébellion profonde qui pousse le personnage à survivre et à se reconstruire. Une réflexion bouleversante qui éclaire toute la puissance émotionnelle du film.

Denis Ménochet, lui aussi salué pour son interprétation, a expliqué avoir immédiatement accepté le rôle après la lecture du scénario. L’acteur parle d’un texte « puissant » et d’un personnage complexe, construit autour d’une enfance brisée. Il souligne cependant que l’atmosphère du tournage restait étonnamment joyeuse grâce à la solidarité de l’équipe et à la direction de Guillaume Canet.

La dimension internationale de Karma a également marqué les échanges. L’acteur argentin Leonardo Sbaraglia a raconté sa première rencontre avec Guillaume Canet via Zoom, accompagné de sa fille pour faciliter la communication en anglais. Une rencontre qu’il décrit comme profondément humaine et familiale. Le film mêle français et espagnol, un choix assumé dès l’écriture afin de traduire le déracinement des personnages. Simon Jacquet explique que ces protagonistes sont des êtres exilés, coupés de leur passé et cherchant une forme de renaissance.

Interrogé sur le titre du film, Guillaume Canet a livré une réponse très personnelle. Il explique que Karma trouve son origine dans des expériences douloureuses traversées ces dernières années. Le réalisateur dit croire profondément à cette idée selon laquelle « la vie s’en charge », non dans un sens négatif, mais comme une force de rééquilibrage. Une philosophie qui irrigue tout le récit du film.

Guillaume Canet a aussi revendiqué son amour du thriller, hérité des films d’Hitchcock découverts enfant en cachette dans les escaliers de la maison familiale. Il cite également Peckinpah, Friedkin ou Coppola parmi ses influences majeures. Avec Karma, il semble renouer avec le suspense de Ne le dis à personne, tout en y injectant une dimension émotionnelle beaucoup plus intime.

La conférence s’est enfin achevée sur une note très émouvante lorsque Marion Cotillard a évoqué ce rôle écrit spécialement pour elle. « C’est un acte d’amour », a-t-elle déclaré. L’actrice a rappelé combien elle aime les personnages extrêmes, ceux qui malmènent émotionnellement les interprètes tout en leur donnant le sentiment d’être intensément vivants. Une définition parfaite de ce que semble être Karma : un thriller psychologique viscéral.

Propos reccueillis par Amandine BACCONNIER pour la RADIO DU CINEMA - CANNES 20269