Quand Philippe Bouvard a fait chanter Alain Delon


25 août 2026

Philippe Bouvard est mort lundi 24 août 2026 à son domicile de Cannes, à l’âge de 96 ans. Une archive résume à merveille ce qu’il savait provoquer à la télévision : faire sortir une vedette de son rôle sans avoir besoin d’un grand dispositif.

Le 17 novembre 1973, dans Samedi soir, son rendez-vous diffusé sur la deuxième chaîne de l’ORTF, Philippe Bouvard se retrouve face à Alain Delon. Autour de la table figurent également Johnny Hallyday, Jane Birkin et Serge Gainsbourg. La soirée se déroule dans l’atmosphère de piano-bar de l’émission, tournée chez Maxim’s. Et Bouvard a préparé son coup.

Philippe Bouvard ressort une chanson qu’Alain Delon aurait préféré laisser dormir

L’animateur commence innocemment. Il explique avoir retrouvé une chanson de Michel Legrand, Les Moulins de mon cœur, adaptation française de la mélodie rendue célèbre par L’Affaire Thomas Crown.

Puis le piège se referme doucement. Bouvard affirme avoir découvert qu’Alain Delon avait lui-même enregistré le morceau quelques années auparavant, sans que cette interprétation ait alors été publiée. L’acteur comprend immédiatement où son interlocuteur veut en venir.

Son sourire trahit autant l’amusement que l’embarras. Delon devine que Bouvard veut le faire chanter devant les caméras. Il tente d’abord de désamorcer la situation par l’humour, puis invoque surtout la présence de Johnny Hallyday, qui vient de chanter. Après une telle démonstration, explique-t-il en substance, mieux vaut savoir rester à sa place.

Et il prévient clairement : « Non, ne comptez pas sur moi pour chanter. »

Alain Delon refuse… puis la musique commence

Philippe Bouvard ne force pas frontalement. Il insiste juste assez. C’est tout son style : pousser la porte d’un centimètre et attendre que l’invité finisse lui-même par l’ouvrir.

Quelques secondes plus tard, la mélodie démarre. Alain Delon se lance finalement dans Les Moulins de mon cœur. La performance n’a rien d’un numéro préparé pour une émission de variétés. L’acteur cherche ses mots, s’interrompt, avoue qu’il ne sait plus où reprendre. Autour de lui, on l’encourage à continuer.

Il retrouve le fil, reprend le refrain et va au bout de plusieurs passages. La gêne du départ n’a pas totalement disparu, et c’est précisément ce qui donne son relief à la scène : Bouvard vient de fabriquer un moment de télévision à partir d’un refus.

Voir la séquence où Philippe Bouvard fait chanter Alain Delon

L’émission complète du 17 novembre 1973 est également visible en ligne sur la chaîne Philippe Bouvard Officiel.

Une chanson enregistrée par Delon en 1968 et publiée seulement en 2013

L’intuition de Bouvard n’était pas une invention de plateau. Alain Delon avait bien enregistré Les Moulins de mon cœur en 1968. Cette version est longtemps restée inédite avant d’être publiée en 2013 dans une anthologie consacrée à Michel Legrand.

Voilà pourquoi la conversation de 1973 est si savoureuse. Lorsque Bouvard parle d’une chanson enregistrée cinq ou six ans plus tôt et que personne n’a entendue, il touche un vrai morceau de l’histoire musicale de Delon. À cette époque, le grand public connaît surtout l’acteur. Pourtant, la chanson n’est déjà pas totalement étrangère à son parcours : il a interprété Laetitia pour Les Aventuriers et vient de connaître un immense succès avec Dalida grâce à Paroles… Paroles….

Le style Bouvard en moins de trois minutes

Cette archive raconte aussi Philippe Bouvard. Bien avant Les Grosses Têtes et Le Petit Théâtre de Bouvard, Samedi soir lui permettait déjà de développer cette manière de recevoir les célébrités avec courtoisie tout en les obligeant à rester sur leurs gardes.

En 2019, interrogé par Le Parisien sur cette époque, il résumait lui-même sa méthode : « J’aimais asticoter mes invités, sans aucune agressivité ».

Le verbe convient parfaitement à cette soirée de 1973. Bouvard ne transforme pas Delon en chanteur. Il lui rappelle simplement qu’une bande enregistrée existe quelque part, observe sa résistance, puis laisse la mécanique se mettre en marche. Michel Legrand aurait apprécié l’image : quelques secondes plus tard, les moulins tournent.

Philippe Bouvard, une disparition à 96 ans

Né le 6 décembre 1929 à Coulommiers, Philippe Bouvard a travaillé dans la presse, à la radio et à la télévision pendant plus de 60 ans. Il demeure indissociable des Grosses Têtes, qu’il lance sur RTL en 1977, et du Petit Théâtre de Bouvard, formidable pépinière d’humoristes dans les années 1980.

Philippe Bouvard est mort lundi 24 août 2026 chez lui, à Cannes. Il avait définitivement quitté le micro de RTL en janvier 2025. Sa disparition remet aujourd’hui en lumière des décennies d’archives, dont ce face-à-face avec Alain Delon : moins de trois minutes qui disent beaucoup de sa manière de faire de la télévision.

Alain Delon, lui, est mort le 18 août 2024 à l’âge de 88 ans. Sur La Radio du Cinéma, vous pouvez retrouver Laurent Galinon racontant l’homme derrière le mythe Delon, ainsi que notre hommage vidéo à Alain Delon. Pour prolonger le fil musical, Grégoire évoque notamment la place des Moulins de mon cœur dans son imaginaire.

Infos pratiques

  • Archive : Samedi soir, émission présentée par Philippe Bouvard
  • Date de diffusion : 17 novembre 1973
  • Chaîne : deuxième chaîne de l’ORTF
  • Lieu : Maxim’s, Paris
  • Invités visibles dans l’émission : Alain Delon, Johnny Hallyday, Jane Birkin, Serge Gainsbourg, notamment
  • Chanson : Les Moulins de mon cœur, musique de Michel Legrand
  • Durée de la séquence disponible : environ deux minutes 45 secondes
  • Accès : séquence disponible sur Dailymotion et émission complète sur YouTube
  • Hommage TV : Les mille et une vies de Philippe Bouvard, mercredi 26 août 2026 à 21 heures sur Paris Première
  • Durée du documentaire : environ 70 minutes
  • Plateforme : documentaire également proposé sur M6+

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