Virginie Berling, l'art de faire parler les siècles

17 juillet 2026
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Les spectateurs applaudissent les comédiens. Les metteurs en scène saluent. Les historiens éclairent les personnages. Mais, avant que les lettres ne deviennent théâtre, une femme accomplit un travail aussi discret qu'essentiel : Virginie Berling. Depuis plus de dix ans, elle est l'une des plumes du @Festival de la Correspondance de Grignan. Cette année encore, elle signe plusieurs adaptations marquantes, de Marie Stuart à Talleyrand, en passant par Alexandra Kollontaï et Simón Bolívar. Quatre univers, quatre écritures, quatre destins réunis par une même exigence : faire renaître une voix sans jamais la trahir.

« L'adaptation, c'est s'emparer de matériaux très divers et construire un spectacle avec un début, une fin, une colonne vertébrale et un éventail d'émotions. Il s'agit de faire entendre une voix, que l'on découvre ou que l'on croyait connaître. »

Chez Virginie Berling, le mot adaptation est presque réducteur. Son travail relève autant de la dramaturgie que de l'archéologie littéraire. Derrière chaque spectacle se cachent des semaines de lectures, de recherches, de doutes et de choix.

Car toutes les lettres ne deviennent pas théâtre.

« Quand on lit une lettre, il faut immédiatement se l'imaginer dite, lue et incarnée. Certaines sont passionnantes pour un historien, mais n'ont aucun intérêt dramaturgique. À l'inverse, parfois, on tombe sur une véritable pépite. »

C'est précisément ce qui lui est arrivé cette année avec Simón Bolívar.

Le Libertador... et l'homme derrière la légende

Le héros des indépendances sud-américaines semblait connu de tous. Pourtant, derrière la statue se cachait un écrivain.

« Quand j'ai tiré une ficelle, ce n'est pas une pelote qui est venue, c'est un monde entier. »

Virginie Berling découvre un Bolívar qui a méthodiquement conservé chacune de ses lettres, chacun de ses discours, chacune de ses réflexions, transportant partout avec lui des valises remplies d'écrits.

« On a l'impression de vivre avec lui. On circule dans ses histoires d'amour, ses conquêtes, ses désillusions. »

L'adaptatrice parle presque comme une romancière. Pourtant, une règle demeure intangible.

« Je tiens à ne rien inventer. Conserver la plume de l'auteur est essentiel. Il faut entrer, très modestement, dans sa pensée, puis lui redonner vie de manière cohérente. »

Cette fidélité constitue la signature de son travail.

Adapter sans trahir

À Grignan, les spécialistes de chaque personnage accompagnent les créations. Historiens, chercheurs, universitaires enrichissent les échanges. Pourtant, Virginie Berling revendique une différence fondamentale entre le travail scientifique et le spectacle.

« Les livres d'histoire ont toute leur place. Nous faisons un autre métier. Pour qu'un spectacle fonctionne, nous sommes parfois obligés de simplifier, de faire quelques entorses au récit historique. Mais jamais à la pensée ni à la plume de ceux que nous faisons entendre. »

Cette nuance est essentielle. L'objectif n'est pas d'enseigner l'Histoire mais de la faire ressentir. Car une lettre possède ce que les grandes synthèses historiques ne peuvent offrir : une voix. Une respiration. Une émotion.

Un texte qui cesse d'appartenir à son auteur

Une fois l'adaptation achevée commence une seconde aventure. Le texte quitte les mains de celle qui l'a écrit.

« Le metteur en scène doit absolument s'en emparer. C'est indispensable. Une fois ce travail partagé, le texte appartient aux metteurs en scène et aux comédiens. »

Loin de vivre cette étape comme un abandon, Virginie Berling y voit l'accomplissement même de son métier.

« Je suis toujours émerveillée par ce que la mise en scène apporte. Une idée, une respiration, une nouvelle dimension… Et puis il y a les comédiens. À chaque fois, c'est un petit miracle. »

Le mot revient souvent au cours de l'entretien.

Miracle.

Non pas celui du hasard, mais celui du travail collectif.

« Ces spectacles ne relèvent en rien du miracle. Ils sont le fruit d'un engagement un peu fou de toute une équipe. »

Les plus belles surprises naissent toujours des femmes

Parmi les découvertes de cette édition, une scène l'a particulièrement bouleversée.

Elle concerne Bolívar… mais parle d'une femme. Manuela Sáenz.

« Il dit à son aide de camp : "Tu ne te rends pas compte, Manuela m'a sauvé la vie." J'ai trouvé bouleversant qu'un homme de cette époque reconnaisse avec autant de simplicité le rôle essentiel d'une femme. »

Quelques mots suffisent parfois à changer un regard historique.

Comme souvent à Grignan...

Nietzsche, son éternel rendez-vous

Après trente-neuf adaptations réalisées pour le Festival depuis 2015, Virginie Berling nourrit encore quelques rêves.

L'un porte un nom. Nietzsche.

« J'aimerais encore adapter Nietzsche. Je l'adore. Je le trouve mal aimé, mal connu. Il est flamboyant, poétique, tragique. C'est un peu ma petite magie à moi. »

Une confidence qui en dit long sur son goût des personnalités complexes. Celles que l'Histoire a parfois enfermées dans une image simplifiée.

Grignan, une émotion intacte

Lorsque vient le moment de dresser le bilan de cette trentième édition, l'émotion prend le dessus.

« Je suis toujours dans la joie à Grignan. »

Puis les mots deviennent presque ceux d'une déclaration d'amour.

« Tout concourt à cette magie : le public, les bénévoles, le village, les lieux, la programmation... C'est quelque chose qu'il est difficile de décrire quand on ne l'a pas vécu. »

Et cette phrase, qui résume peut-être mieux que toutes les autres l'esprit du Festival :

« Une fois qu'on a goûté au Festival de la Correspondance de Grignan, on n'a qu'une envie : revenir. »

La prochaine édition est déjà en préparation. Le thème reste encore secret.

Virginie Berling sourit... « Nous travaillons déjà sur 2027… mais je n'en dirai pas plus. »

Propos reccueillis par Amandine BACCONNIER pour LA RADIO DU CINEMA - Juillet 2026