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Deauville 2026 — « Party USA », un premier film américain aussi vif que glaçant

10 septembre 2026
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Depuis le Festival du cinéma américain de Deauville, Laura, chroniqueuse de La Radio du Cinéma, nous livre ses premières impressions. Pour son arrivée sur les planches, elle découvre Party USA, premier long métrage de Jared Sprouse : le portrait d’une jeune Américaine ordinaire dont une journée de travail va progressivement révéler une réalité beaucoup moins ordinaire.

Une première journée à Deauville

Pour cette première journée au Festival du cinéma américain de Deauville, deux films et, curieusement, un même point de départ : la disparition d’un père.

La comparaison s’arrête pourtant là. Parmi ces premières découvertes figure Party USA, premier long métrage de Jared Sprouse, présenté en compétition.

Le titre vient de l’enseigne dans laquelle travaille son héroïne : une chaîne américaine spécialisée dans les accessoires et articles de fête. Un univers artificiellement joyeux, coloré, presque dérisoire, qui va devenir le décor d’une journée particulièrement sombre.

La jeune femme qui nous sert de guide y est vendeuse et assistante de direction. Mais ce travail n’est, en principe, qu’une étape. Elle souhaite reprendre ses études pour devenir infirmière et semble avoir devant elle une trajectoire toute tracée. À ses côtés, son compagnon, très présent, forme avec elle un couple apparemment solide et amoureux.

Puis son père meurt.

Faire son deuil… mais après son service

La nouvelle tombe dès le début du film. Pourtant, malgré le décès, la jeune femme doit aller travailler.

Jared Sprouse installe ainsi immédiatement l’une des dimensions sociales de Party USA. Le deuil se heurte à la précarité professionnelle et à une organisation du travail qui ne laisse pratiquement aucune place à l’imprévu, même lorsque celui-ci est aussi brutal que la mort d’un proche.

Son objectif semble alors très simple : trouver un collègue susceptible de la remplacer dans l’après-midi afin de pouvoir régler les affaires liées au décès de son père.

Elle sollicite les autres sans réellement leur expliquer ce qui vient de lui arriver. Personne n’accepte.

Et tout bascule.

Un premier choix en entraîne un autre, puis un autre encore. Ce qui ressemblait au départ à une difficulté quotidienne devient une spirale de décisions de plus en plus désastreuses — certaines franchement choquantes.

Le film commence alors à déconstruire l’image que nous avions de son héroïne.

Comprendre sans forcément excuser

C’est sans doute là que Party USA devient le plus intéressant.

Jared Sprouse aurait facilement pu transformer son personnage principal en objet de jugement. Il choisit au contraire de rester avec elle, de maintenir le spectateur à son niveau et d’adopter presque constamment son point de vue.

Nous voyons donc les conséquences de ses actes tout en comprenant progressivement les mécanismes qui les provoquent.

Et c’est précisément ce qui crée le malaise.

Comme le souligne Laura dans sa chronique pour La Radio du Cinéma, nous pouvons condamner les décisions du personnage, être stupéfaits par elles, parfois même révoltés, mais le film nous oblige malgré tout à comprendre d’où elles viennent.

Une position inconfortable pour le spectateur, qui rappelle l’une des forces du cinéma indépendant américain : observer des personnages sans nécessairement distribuer les bons et les mauvais points.

À travers cette jeune femme, Sprouse dessine ainsi le portrait d’une génération et d’un milieu social où les ambitions personnelles, les contraintes économiques et les mécanismes de survie finissent par se heurter.

L’Amérique observée depuis une boutique d’articles de fête

Sous son apparente simplicité, Party USA accumule ainsi les observations sur la société américaine.

Le film s’intéresse notamment au compagnon de l’héroïne, portoricain, que les autres personnages prennent régulièrement pour un Mexicain.

Le gag pourrait n’être qu’une remarque en passant. Il devient progressivement révélateur d’une forme d’ignorance géographique et culturelle : celle d’une Amérique qui connaît parfois très mal les populations vivant pourtant à l’intérieur de son propre espace politique ou dans son voisinage immédiat.

Le personnage du petit ami occupe surtout une position essentielle dans le récit. À mesure que les décisions de sa compagne deviennent difficiles à accepter, il se transforme presque en double du spectateur.

Il regarde. l doute. il ne comprend plus toujours. Mais il reste.

Son visage devient ainsi l’un des endroits où se lit le trouble provoqué par le film. Malgré ce qu’il découvre, il tente de conserver sa position de soutien auprès de la femme qu’il aime. Une fidélité qui rend le traitement du personnage d’autant plus troublant.

L’énergie parfois imparfaite d’un premier film

Party USA possède surtout ce que Laura aime retrouver dans les premiers longs métrages : une envie débordante de cinéma.

Jared Sprouse tente des choses. Il cherche ses cadres, travaille sa mise en scène, multiplie les idées et imprime au film une énergie qui compense largement ses imperfections.

Tout n’est pas totalement maîtrisé, mais cette fragilité participe aussi au charme du projet. On sent derrière le film une équipe qui veut fabriquer quelque chose ensemble plutôt que reproduire une formule déjà éprouvée.

Cette impression est renforcée par un casting composé en grande partie de jeunes comédiens. Leur énergie donne à Party USA une spontanéité particulière et contribue au sentiment d’assister à une véritable aventure collective.

Le regard de La Radio du Cinéma

Avec Party USA, Jared Sprouse signe donc un premier film plein de vie, de surprises et d’idées, tout en portant un regard beaucoup plus sombre qu’il n’y paraît sur une certaine jeunesse américaine.

Le contraste est d’ailleurs savoureux : derrière les couleurs et les accessoires d’une boutique entièrement consacrée à la fête se cache un récit de deuil, de précarité, de choix moraux et de désillusion.

Le film n’est pas parfait. Mais il possède quelque chose de parfois plus précieux : une voix, une énergie et l’envie manifeste de raconter le monde par le cinéma.

Pour Laura, depuis Deauville, c’est un premier geste de cinéaste dynamique, dérangeant et franchement rafraîchissant.

Laura — La Radio du Cinéma, au Festival du cinéma américain de Deauville.  10.09.2026